Bernard Girard
Comprendre l'explosion de la pornographie
"La pornographie n'en finit pas de se modifier,
de s'adapter au temps qui passe"
Robert Muchembled1
L'abondance des images pornographiques sur le web est un fait abondamment documenté. Quiconque le fréquente régulièrement en a rencontré, et pas forcément pour les avoir cherchées. Les auteurs qui se sont intéressés à cette question avancent des chiffres qui donnent le vertige. 12% des sites sur le web auraient été en 2006 à caractère pornographique, 1/4 des interrogations sur les moteurs de recherche auraient, cette même année, porté sur des termes à connotation sexuelle et 72 millions d'internautes auraient, toujours en 2006, visité chaque mois un site pornographique. Ces statistiques doivent naturellement être prises avec prudence. Elles ne sont pas plus fiables que la plupart de celles sur les usages du net, mais elles ont nourri un long débat.
Les condamnations ont été nombreuses, venues de toutes parts, des ligues de vertu mais aussi des féministes pour dénoncer l'exploitation des femmes, la violence et les risques que la pornographie ferait courir à la société. Reprenant un vieil argument, ces critiques soulignent les dangers qu'une fréquentation trop assidue de l'image pornographique ferait courir à la société : à force de voir des femmes se donner sans résistance, les utilisateurs, confondant imaginaire et réel pourraient être tentés de faire de même dans leur vie2. Argument ancien utilisé au 19ème siècle contre la prostitution qui aurait, elle aussi, amené les hommes à se comporter sans retenue avec les femmes honnêtes : "La plupart (des jeunes gens qui fréquentaient les maisons de tolérance) en arrivaient à croire que la femme telle qu'ils l'avaient vue dans les lupanars était bien dans son rôle naturel ils disaient que les filles honnêtes n'étaient que des prudes, ils perdaient tout sentiment de respect pour les femmes. A quelle conséquence doit conduire cette perversion du sens moral que les hommes vont puiser dans la fréquentation des prostituées? Il en résulte qu'ils sont beaucoup plus audacieux avec les femmes honnêtes, qu'ils se permettent avec elles toutes sortes de licences et de tentatives dans la pensée qu'elles sont au fond de même nature que ces filles égarées qui, au lieu d'attendre la recherche de l'homme, courent au devant de ses caresses." Texte de féministe contemporain? Non, extrait des Annales d'Hygiène publique publiées en 1866.
L'idée que la pornographie aurait tendance à renforcer les préjugés et valeurs machistes a été développée par de nombreuses féministes. On la retrouve dans l'interview que Michela Marzano, une philosophe, a donnée au site officiel d'Isabelle Alonso : "le porno ne fait que reproduire les normes traditionnelles de la virilité. Les films pornographiques proposent un véritable "modèle" de la féminité et de la masculinité, un système qui produit un paysage où les hommes et les femmes ne sont que deux polarités complémentaires : l’activité et la passivité, la force et la jouissance, le pouvoir et la disponibilité. La femme est présentée comme "disponible" : elle est à disposition de l’usage sexuel qu’on veut en faire ; elle a toujours envie d’être "prise" ; elle ne demande qu’à être satisfaite ; elle n’est rien d’autre qu’un réceptacle de sperme et une série d’orifices entourés de bijoux. L’homme, quant à lui, est présenté comme toujours prêt à satisfaire la femme : il l’utilise selon ses envies, mais il est aussi et toujours capable de satisfaire ses pulsions. De ce point de vue, l’acceptation du porno est sans doute un bon indicateur du fait que le modèle traditionnel de l’homme dominateur est encore très répandu, accepté et valorisé." Et un peu plus loin : "Le porno ne fait que conforter l’idée que les femmes se divisent en deux groupes différents : d’une part, il y a les « putes » ; d’autre part, il y a les « mères ». D’où l’importance de trouver une femme vierge, après avoir couché avec des « filles faciles » qui ne méritent aucun respect. D’où le problème d’un véritable « clivage » entre sexualité et amour, clivage qui caractérisait justement les sociétés traditionnelles, lorsque les hommes allaient voir des prostituées pour pouvoir trouver une satisfaction sexuelle qu’ils n’avaient pas (et ne voulaient pas avoir) avec leur femme, avec la mère de leurs enfants."
D'autres ont dénoncé les risques qu'elles faisaient courir aux jeunes gens. D'autres, enfin, ont avancé une critique de type social en mettant en avant les conditions dans lesquelles sont tournés ces films.
Même si la consultation des images pornographiques était appelée à diminuer sur le long terme, ce que suggèrent les enquêtes les plus récentes, elle reste un fait majeur de la révolution internet qu'il ne suffit pas de condamner, qu'il faut essayer de comprendre. Ce que l'on ne peut faire que si on l'examine dans son contexte.
L'histoire et la réflexion sur la littérature érotique et la pornographie ont longtemps été réservées aux seuls bibliographes qui faisaient des listes de livres interdits, cachés dans les enfers des bibliothèques nationales et les parties les plus secrètes des bibliothèques privées3. Depuis quelques années, la connaissance de ce domaine s'est enrichie des recherches des historiens des mentalités qui ont fait de la vie sexuelle un sujet d'étude et de ceux des féministes qui ont travaillé dans le cadre de ce que l'on appelle aux Etats-Unis les "gender studies". Ces différents travaux ont mis en évidence la richesse et la variété de cette production clandestine.
Pour comprendre les enjeux de sa diffusion massive et ce qu'internet a changé, il ne suffit pas de prendre une posture morale, de séparer le bon grain (l'érotisme) de l'ivraie (la pornographie), de condamner ou, au contraire, de défendre (comme l'a, par exemple, excellemment fait Rugen Owien dans un petit livre (Penser la pornographie, PUF, 2003). Il faut essayer de replacer ces productions dans leur histoire. La pornographie n'est pas indépendante de son environnement, des textes, des images, des rapports sociaux de la société dans laquelle elle se développe. Elle est une expression de la société, des frontières qu'elle trace entre l'acceptable et l'inacceptable, entre l'intime et le public, elle traduit l'état des relations entre les sexes, la manière dont l'un et l'autre vivent leur différence et leur sexualité. Son expansion dépend des technologies utilisées mais aussi de la manière dont la société contrôle nos affects, nos comportements, nos pratiques commerciales. Elle vit et change au confluent des technologies qui règlent sa production et sa diffusion et de nos valeurs, de nos manières d'appréhender le désir et le plaisir.
Une invention récente
La représentation de relations sexuelles est ancienne. On en trouve de multiples témoignages dans l'antiquité. Le mot "pornographie" est cependant tardif, puisqu'il a été inventé par Restif de la Bretonne dans un livre publié en 1769 : Le Pornographe ou Idée d'un honnête homme sur un projet de règlement pour les femmes prostituées4. Il n'est vraiment entré dans le langage courant qu'au XXème siècle. Mais la pornographie au sens moderne entendue comme productions érotiques commerciales, clandestines, soumises à la censure et à l'opprobre est plus ancienne5. Elle date de la milieu du 17 ème siècle, période qui voit émerger une littérature rebelle, qui mêle le sexe et la présentation crue de scènes érotiques à un discours violemment anti-religieux. Les auteurs de cette littérature qu'on appellera libertine réagissent à un contrôle croissant de l'Eglise et des pouvoirs publics sur les comportements et les moeurs depuis la contre-réforme catholique. Leurs cibles sont les règles de vie que l'Eglise veut imposer à tous depuis le concile de Trente mais aussi l'émergence, contemporaine, de nouvelles manières d'être en public, de contrôler ses affects, ce que Norbert Elias appellera la civilisation des moeurs et que Molière moquera dans les Précieuses ridicules.
A l'heure des bergeries, de la carte du tendre et de Tartuffe, la paillardise médiévale, la grossièreté des textes de l'Arétin ou du Décaméron sont vigoureusement condamnées. Les libertins, rebelles à cette mise au pas des moeurs et des idées, mêlent volontiers dans des textes parodiques la queue et le goupillon. Leurs titres témoignent de cette confusion volontaire du sexe et de la contestation religieuse : Le fouteur politique et chrétien… La pornographie est polémique, comme dans ce sonnet où Claude Le Petit critique les normes que veulent imposer (et que s'imposent) les précieuses :
AUX PRÉCIEUSES SONNET
Courtisanes d’honneur, putains spirituelles,
De qui tous les péchés sont des péchés d’esprit,
Qui n’avez du plaisir qu’en couchant par escrit,
Et qui n’aimez les lits qu’à causes des ruelles ;
Vous chez qui la nature à des fleurs éternelles,
Précieuses du temps, mes chères sœurs en Christ,
Puisque l’occasion si justement vous rit,
Venez dans ce bordel vous divertir, mes belles.
Si l’esprit a son vit aussi bien que le corps,
Vostre âme y sentira des traits et des transports
A faire descharger la femme la plus froide ;
Et si le corps enfin est par l’amour fléchi,
Ce livre en long roulé, bien égal et bien roide,
Vaudra bien un godemichi.
(In : "Bordel des Muses ou les 9 pucelles putains")
Nous en sourions aujourd'hui, mais ces vers valurent à Claude Le Petit, auteur du Bordel des muses de mourir sur le bûcher à 23 ans.
On l'a dit, les représentations de relations sexuelles sont anciennes et n'étaient certainement pas inconnues de la première Renaissance et du Moyen-Age. Les productions érotiques du 17 ème siècle s'en distinguent cependant. La pornographie naissante effectue une double transformation du texte obscène :
- elle le sexualise, élimine les propos scatologiques, très fréquents aux siècles précédents et ouvre ainsi la porte à l'utilisation des textes et images comme des supports de fantasmes dans une société dont la sensibilité a évolué,
- elle le politise, l'associe à la critique de la religion et du contrôle qu'elle exerce sur les corps et les âmes, ce qui donne à ces textes un ton très particulier avec, dans les meilleures, comme la Venus dans un cloître (qui inspirera Diderot) ou l'Ecole des filles, un mélange insolite, savoureux de scènes érotiques et de réflexion philosophique qui annonce les Liaisons dangereuses.
Cette pornographie contestataire, anti-religieuse que distribue un très puissant réseau de diffusion de la littérature interdite (littérature libertine, mais aussi textes jansénistes, contrefaçons d'ouvrages autorisés…) reste vivante au 18ème siècle, elle nourrit les écrits de Restif de la Bretonne et, notamment, de son Anti-Justine, ceux de Sade, mais aussi la polémique contre les jésuites. L'expulsion de ceux-ci dans les années 1760 donne naissance à toute une série de publications, des ouvrages comme La Flagellation chez les jésuites mais aussi plusieurs épigrammes comme celui-ci de Robbé de Beauveset (1714-1794), protégé de Madame du Barry :
Un Directeur, suppôt des plus zélés,
Pour les autels des deux enfants ailés,
D'un vieux mari, à la gente soubrette,
Voulut planter l'antiphysique aigrette.
"La belle enfant, ça, dit-il, tourne-toi
Que pour varier je m'escrime en levrette.
Y gagneras un bon pouce de roi.
- Je le veux bien, dit la belle Angélique,
Mais n'allez pas à Vénus faire un vol
Et vous trompant par erreur jésuitique,
Ne prenez pas Saint Pierre pour Saint Paul.
- Ah, double impie ! à l'instant repart l'autre,
Dis-moi, prends-tu ton cul pour un apôtre ?
Cette dimension politique, contestataire, prendra une force nouvelle pendant la révolution avec des textes et des images qui mettent en scène une Marie-Antoinette prostituée et femme de mauvaise vie (La Messaline française, les Nuits de la duchesse de Polignac ou Les fureurs utérines de Marie Antoinette), mais aussi avec des ouvrages qui révèlent une société clandestine : homosexuels qui souhaitent sortir de l'ostracisme dont ils sont victimes6, femmes légères qui ne veulent pas être confondues avec des prostituées et ont attaqué en justice un pamphlet, les Etrennes faites aux grisettes, qui dénonce les "irrégulières", ces femmes qui se prostituent sans être déclarées7.
Mais, même si l'obscénité fait son retour pendant la révolution, la pornographie a évolué pendant le siècle des lumières, que l'on présente souvent comme celui du libertinage. Les livres vendus sous le manteau sont souvent d'une écriture soignée, élégante. On pense à Point de lendemain de Vivant de Non, aux textes de Crébillon fils. Bonnes manières et érotisme ne sont plus antinomiques. De nouveaux thèmes sont apparus :
- le mélange des classes : la servante et le maître, la maîtresse et le valet se retrouvent ensemble au lit,
- une meilleure appréciation du désir et du plaisir féminin régulièrement décrits, parfois quoique rarement en des termes qui les distinguent du désir et plaisir masculins,
- une interrogation sur le désir et ses mécanismes (fantasmes…) comme l'indiquent toutes ces images qui nous montrent des jeunes femmes se caressant tout en lisant un de ces livres qu'on ne lit que d'une main. Le texte érotique, l'image pornographique sont devenus accessoires des relations sexuelles, amoureuses.
La découverte de la volupté féminine
Au 19ème siècle, la censure se fait plus efficace, le commerce du livre est mieux contrôlé. La dimension politique, contestataire, antireligieuse s'efface alors, même si on trouve encore quelques allusions humoristiques ici ou là, comme dans cette lithographie où Achille Dévéria, l'illustrateur de Gamiani de Musset, montre Napoléon observant d'un air sévère un soldat occupé avec une belle. La pornographie change de ton, de contenu, de personnages. La grisette remplace la religieuse, et le bourgeois le moine. Livres et images restent clandestins, mais ils circulent en d'autres lieux. Ils s'installent dans les bordels et maisons closes. On voit se multiplier les scènes d'apprentissage. Les dialogues sont toujours l'occasion de développement "philosophique" mais aussi de cours d'anatomie et d'éducation sexuelle, comme dans le Roman de Violette. Le plaisir se construit (il y a des étapes, des préliminaires) et s'enseigne. Emerge un savoir du désir et du plaisir qui se découvre en regardant par les trous de serrure ou en trouvant un professeur, une maîtresse. Une langue plus tenue, plus déliée tente de décrire l'accès à une volupté qui ne vient pas toujours naturellement8.
La littérature érotique sous le second empire et la troisième république témoigne des évolutions en cours dans la conception des sexes, de leur différence. Elle révèle mais aussi conteste une société duale où hommes et femmes vivent dans des univers différents. Tout au long du siècle, la séparation des sexes que les médecins du XVIIIème finissant avaient imaginée9 est théorisée, construite, élaborée. Elle devient phénomène culturel, lieu commun. Elle est aggravée, sous la Troisième république, par le développement de l'enseignement qui se généralise et sépare dés le plus jeune âge garçons et filles. Aux yeux des médecins, des prètres et de tous ceux qui font alors l'opinion, les seules vraies femmes sont celles, honnêtes, qui ignorent la volupté. Les autres sont une énigme. Est-ce la fréquentation trop fréquente des hommes qui les amènent à éprouver du plaisir, comme l'explique William Acton, un très célèbre médecin anglais de l'époque victorienne? Ou est-ce, autre hypothèse, quelque maformation physique? L'idée que les femmes de mauvaise vie ne sont pas comme les autres conduira les médecins hygiénistes à se lancer (sans succès) dans des campagnes de mesure pour vérifier que les prostituées ne sont pas constituées autrement que les autres femmes et que leur sexe ne présente pas d'altérations (voir sur ce sujet, Parent-Duchatelet, De la prostitution dans la ville de Paris , p.204 et suivantes).
Jamais tant d'auteurs ne se sont intéressés à la prostitution. A son origine. Si ce n'est la nature, est-ce la société? Question qui amènera d'autres auteurs au bord de la critique sociale. C'est le cas de Charles Virmaître, auteur des Virtuoses du trottoir. Dans ce livre paru en 1868, il analyse longuement les causes de la prostitution et en vient à critiquer durement les industriels du Nord : "La province, écrit-il, nous fournit beaucoup de voyageuses mais elles deviennent vite parisiennes. Celles là dès l'âge de sept ou huit ans travaillent dans les filatures du Nord un travail herculéen comparé à la jeunesse. Douze heures en moyenne par jour dans une atmosphère chaude et écœurante des gifles comme récompense et pour le tout 50 centimes par jour."
L'utilisation du mot grisette illustre bien le statut ambigu des femmes légères et sa lente évolution. Au XVIIIème siècle, il est utilisé pour décrire celles qui pratiquent la prostitution de manière clandestine, comme le suggère cette requête (passée en salle des ventes en 2006) "présentée à M. Silvain Bailly, maire de Paris par Florentine de Launay contre les Marchandes de Modes, Couturières, Lingères et autres Grisettes commerçantes sur le pavé de Paris" qui réclame la plus grande sévérité contre ces femmes qui font une concurrence déloyale aux "journalières", prostituées qui paient le droit d'exercer un commerce. En 1825, Henry Monnier l'utilise pour décrire les femmes qui ont choisi le plaisir. S'il leur arrive de se faire entretenir, elles ne sauraient être confondues avec les professionnelles encartées. Modèles de peintre, danseuses, actrices entretenues, ces femmes de petite vertu deviendront au tournant du siècle, une des figures majeures de la littérature, capables comme Odette Swann, Nana ou les personnages de Maupassant de passer la frontière et de se glisser discrétement dans le monde des femmes honnêtes. On peut dorénavant être une femme honnête et avoir éprouvé du plaisir.
S'ils tentent, avec plus ou moins de succès, de décrire le plaisir, les textes érotiques s'interrogent sur le désir, sur sa montée silencieuse, son explosion brutale, mais aussi sur sa disparition et sur les meilleurs moyens de le faire renaître. Le fouet devient accessoire que des médecins libertins recommandent aux plus débauchés de leurs lecteurs (comme François-Amédée Doppet, médecin, auteur en 1788 d'un traité Du fouet et de ses effets sur le physiques de l'amour10 et Auguste Debay, auteur d'un livre publié en 1862 sur le même sujet : La flagellation comme moyen aphrodisiaque.) Dans une société qui réprime la sexualité, surtout la sexualité féminine devenue continent noir, aveugle, la littérature pornographique est le dernier lieu où celle-ci est examinée, scrutée, décrite. Le désir dont nous parlent ces pornographes est aussi bien féminin que masculin. Les féministes américaines qui ont vu dans la pornographie une nouvelle manière de nier la féminité ont sans doute commis une erreur d'appréciation. Les auteurs et les éditeurs de cette littérature étaient mieux informés qu'elles ne l'imaginent. S'il avait pensé les femmes insensibles, George Cannon, un éditeur londonien de littérature clandestine aurait-il demandé à ses vendeurs de jeter ses livres par dessus les murs des pensions de jeune filles pour se créer une future clientèle?
Pornographes, sans doute, mais aussi critiques, ces auteurs et dessinateurs prenaient ainsi le contre-pied d'idéologies médicale et théologique qui ne virent, jusqu'à la fin du siècle, dans le désir qu'une affaire masculine. "La libido, disait encore Freud dans ses Trois essais sur la sexualité publiés en 1905, est de façon constante et régulière d'essence mâle." Ils anticipent, annoncent à leur manière les analyses, le combat de la psychanalyse pour faire reconnaître la place de la sexualité dans nos vies. Les scènes d'hystérie féminine que montre Musset dans Gamiani ne sont pas très éloignées des phénomènes que décrivent les psychiatres de la fin du siècle. Comme dans la psychanalyse, ces romans font une large place au rêve, souvent présenté comme expression des premiers désirs. Ce qui n'est pas très éloigné de la vulgate freudienne qui fait du rêve un "accomplissement du désir." Si Freud écrit dans une lettre à Fliess "Personne ne soupçonne le moins du monde que le rêve, loin d'être quelque chose d'insensé, est bien une réalisation de désir", c'est qu'il n'a pas lu (ou qu'il a oublié avoir lu) le Roman de violette. Dans ce roman qui fut longtemps attribué à Alexandre Dumas (et qui aurait en fait été écrit par une femme, une certaine marquise Mannoury d'Ectot), on trouve ce dialogue :
"- C'est drôle, il me semblait éprouver d'autres désirs, comme si ce baiser, si bon qu'il fût, n'était que le commencement de l'amour.
- Qu'éprouviez-vous?
- C'est impossible à dire : une langueur dans tout le corps, un bonheur comme je l'ai parfois éprouvé en rêve.
- Et quand vous vous réveillez après avoir éprouvé ce bonheur en rêve, que vous semblait-il?
- J'étais toute brisée."
On trouve, dans ce même texte, une critique de la société patriarcale, masculine qui bride et nie le plaisir féminin qui annonce curieusement, mais sur un ton plus léger, les critiques des féministes des années 70 : "La femme en naissant, lors de la création, a incontestablement reçu du Créateur les mêmes droits que l'homme : ceux de suivre ses instincts naturels" explique le narrateur à sa jeune conquête, avant de se lancer dans une histoire des rapports des hommes et des femmes, qu'il poursuit par un éloge des révoltées qui ont choisi de devenir "femme de la nature et non celle de la société." "Du point de vue de la société, conclut-il, ce que nous avons fait est mal ; au point de vue de la nature, ce que nous avons fait est la satisfaction de nos désirs." (Le roman de violette, p.25).
Images, lithographies, photographies…
Dès le XVIIIème siècle, l'ambition des auteurs de livres érotiques est de susciter la lascivité du lecteur sans pour autant le rebuter comme pourrait faire une expression trop grossière. Cette ambition, nul ne l'a mieux décrite que Musset dans la préface de Gamiani, le roman érotique qu'il a écrit avec, semble-t-il, Georges Sand : "Après avoir comparé la liberté d'expression de Martial, Properce, Horace, Juvénal, Térence en un mot des auteurs latins avec la gène que s'étaient imposée les divers écrivains érotiques français quelqu'un fut amené à dire qu'il était impossible d écrire un ouvrage de ce genre sans appeler les choses par leur nom, l'exemple de La Fontaine était une exception, que d ailleurs la poésie française admettait ces sortes de réticences et savait même, par la finesse et une heureuse tournure de phrases, s'en créer un charme de plus mais qu'en prose on ne pourrait rien produire de passionné ni d'attrayant. Un jeune homme qui jusqu'alors s était contenté d'écouter la conversation d'un air rêveur sembla s'éveiller à ces derniers mots et prenant la parole Messieurs dit : si vous consentez à nous réunir de nouveau ici dans trois jours j'espère vous convaincre qu'il est facile de produire un ouvrage de haut goût sans employer les grossièretés qu'on a coutume d appeler des naïvetés chez nos bons aïeux." Gamiani est le résultat de ces trois jours de travail. Il faut choquer le lecteur, l'instruire éventuellement, le rendre lascif sans cependant le rebuter. La qualité du texte, son absence de grossièreté lui "donnent" une valeur littéraire qui le rend acceptable. Du reste, sa traduction espagnole ne sera pas interdite, un juge de Barcelone, trouvant en 1922, que ce livre n'offense pas "la morale, les bonnes mœurs ou la décence publique."11
Si le texte s'euphémise, perd de sa grossièreté, les images, à l'inverse, se font plus précises. Elles se multiplient, prennent plus de place et changent de nature. Au XVIIème siècle, le texte domine dans les publications érotiques, les illustrations, gravures sont rares et plus "techniques" que lascives : on y présente des positions plus que des situations ou des sexes, comme dans cette gravure d'Agostino Carracci (1557-1602), illustrateur de l'Arétin surtout connu pour ses oeuvres religieuses, représentant Antoine et Cléopatre.
Au XVIIIème et, surtout, au XIXème siècle, gravures et estampes sont plus fréquentes dans les livres, elles prennent une tournure plus réaliste, décrivent des scènes, des situations, des scénarios, une large place est faite au hors-cadre où se situe le spectateur que l'image transforme en voyeur. L'invention de la lithographie, qui a servi à imprimer, en 1833, la première édition de Gamiani de Musset, marque un tournant : les images d'Achille Dévéria comptent autant que le texte.
Les images empruntent en général aux canons de la beauté classique, romaine, grecque ou romantique. L'inspiration est contemporaine, la facture plus ou moins efficace selon le talent de l'artiste. Ce qui distingue ces images créées au lendemain de la Restauration d'autres, ce qui fait leur force, ce n'est ni la nudité, banale, ni la situation grivoise, largement exploitée dans des gravures, eaux-fortes, lithographies des siècles précédents mais bien la représentation de sexes en activité.
Les artistes qui se consacrent à cet art au 19ème siècle, comme Achille Dévéria, en France, ou Johann Nepomuk Geiger, en Allemagne, Peter Fendi en Autriche (spécialiste des positions acrobatiques, dont on trouvera ci-dessous une gravue), Thomas Rowlandson en Grande-Bretagne, ne se contentent pas de montrer des couples en train de faire l'amour, ils centrent leur image sur les sexes en activité. Comme si les illustatreurs en se faisant plus crus, plus réalistes prenaient le contre-pied d'écrivains au vocabulaire plus retenu.
Ces images sont conçues pour nourrir l'imaginaire de celui qui les regarde et déclencher les fantasmes, mais cela n'exclut pas l'humour. Souvent le dessinateur s'amuse et ne le cache pas. Chez Rowlandson et Dévéria, la polémique obscène est devenue moquerie libertine, parodie. Il y a dans cette pornographie de la drôlerie, de la dérision, un regard ironique sur le monde que l'on retrouvera au vingtième siècle dans certains des films projetés dans les bordels et dans les dirty comics américains. Geiger est l'un des rares à faire l'économie de cet habillage humoristique. Ses images ne parlent que de sexe, sans autre mise en scène que celle de deux corps qui s'affrontent, s'accouplent. Il est en ce sens le plus "moderne" de ces dessinateurs ou, du moins, le plus proche des pornographes qui publient sur internet.
Ces illustrateurs sont souvent des innovateurs. Leurs images tirent leur force du réalisme que leur donne la couleur qu'autorisent les nouvelles techniques de reproduction. Ils ont été parmi les premiers à utiliser la lithographie et la chromolithographie, ancètre de l'offset, dont l'autrichien Peter Fendli a été l'un des pionniers.
L'invention de la lithographie au tout début du siècle, puis en 1850 celle de la photographie et, enfin, en 1880 celle de l'impression à trame ont joué un rôle majeur dans la plus large diffusion et la transformation de ces images pornographiques, créant, à chaque fois, de véritables chocs dont témoignent, entre autres, les protestations de Baudelaire : "Peu de temps après (son invention), des milliers d'yeux avides se penchaient sur les trous du stéréoscope comme sur les lucarnes de l'infini. L'amour de l'obscénité, qui est aussi vivace dans le coeur naturel de l'homme que l'amour de soi-même, ne laissa pas échapper une si belle occasion de se satisfaire. Et qu'on ne dise pas que les enfants qui reviennent de l'école prenaient seuls plaisir à ces sottises; elles furent l'engouement du monde. J'ai entendu une belle dame, une dame du beau monde, non pas du mien, répondre à ceux qui lui cachaient discrètement de pareilles images, se chargeant ainsi d'avoir de la pudeur pour elle: "Donnez toujours; il n'y a rien de trop fort pour moi." Je jure que j'ai entendu cela; mais qui me croira?" Les nus n'étaient pas rares, ils encombraient les salons de peinture. Mais le scandale était moins dans la nudité, omniprésente dans la peinture et la statuaire, que dans la diffusion plus large de ces images et dans la vérité de ces corps dénudés, non plus des images inventées, rêves de peintres, mais des femmes de chair et d'os qui s'étaient prêtées, qui avaient prêté leur corps à la photographie. C'étaient des femmes vivantes, authentiques que l'on voyait nues, et non pas des modèles abstraits, recomposés, retravaillés par l'artiste. C'est la vérité de la photo qui scandalisait, mais aussi excitait : elles étaient donc bien réelles ces femmes que l'on rêvait, qui osaient se montrer nues. Plus réalistes, les nouvelles images imposent la vérité des corps que les couleurs et le trait des dessinateurs avaient tendance à corriger.
Chaque nouvelle technologie modifie les conditions de production et de reproduction des images, et chaque fois se joue le même scénario : des coûts plus faibles permettent de toucher un public toujours plus large. Ce que Gabriel Peignot disait de la lithographie en 1819 pourrait être repris pour les autres technologies : "Sous le rapport de la célérité elle l'emporte infiniment sur toutes les autres manières d'imprimer. Un dessin qu'un artiste ne peut pas achever dans l'espace de cinq à six jours sur le cuivre peut être gravé sur la pierre dans un ou deux jours Pendant que l'imprimeur en taille douce imprimera six à sept cents exemplaires l'imprimeur lithographique en pourra tirer dans le même espace de temps deux mille. La planche de cuivre sur laquelle on imprime peut à peine fournir mille épreuves et bientôt la gravure se détériore tandis que sur la pierre on en peut faire facilement quelques mille et la dernière épreuve est aussi belle que la première."12 Chaque nouvelle technologie rapproche également un peu plus du réel, crée un effet de réalisme et donc de surprise chez le spectateur. C'est vrai du cinéma et de la photographie mais aussi de la lithographie.
On a souvent souligné que les producteurs de matériel pornographique étaient parmi les premiers à utiliser de manière systématique les nouvelles technologies. Cela a été le cas avec le minitel, internet, les webcams… Ce le fut de la photographie, du cinéma, de la lithographie. Et pour les mêmes motifs. Chaque innovation permet d'élargir leur clientèle mais aussi de relever, grâce à plus de réalisme, l'intérêt d'habitués qu'une fréquentation trop régulière de la pornographie aurait blasés. Mais il n'y a pas que cela :
- du fait de leurs conditions de production (clandestinité…), ces producteurs sont moins prisonniers que d'autres d'investissements antérieurs,
- chaque nouvelle technologie donne à de nouveaux entrepreneurs la possibilité de se faire une place sur le marché,
- la censure est mal armée pour combattre les productions nouvelles, les textes de loi n'ayant pas prévu les nouvelles techniques…
- les clients, surtout les derniers venus, sont peu exigeants et acceptent des tirages de qualité médiocre.
Qui lit donc ces livres
On n'a que peu d'informations sur les lecteurs de ces publications. Etaient-ils nombreux? à quels milieux appartenaient-ils? Dans sa monumentale histoire du livre (Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle, Henri-Jean Martin avoue notre ignorance. "Les inventaires que nous avons examinés ne disent pas tout (…), ils ne décrivent que bien rarement les livres de petit format qui constituent cependant (…) "l'aile marchante" de la littérature et de la pensée."13 Il est vrai que leurs lecteurs évitaient de les afficher. Dans son journal Samuel Pepys raconte comment de passage à Paris il a acheté L'école des filles, "avec une reliure toute simple (en évitant d'en acheter une avec une meilleure reliure) parce que je suis décidé, dés que je l'aurai lu, à le brûler, pour qu'il ne figure pas sur ma liste de livres ni n'en fasse partie." Un peu plus loin il explique que quelqu'un d'aussi sérieux que lui ne lit ce genre d'ouvrages que pour "se faire une idée de la scélératesse du monde."14
Ces livres étaient-ils lus d'une seule main? Leurs lecteurs étaient-ils attentifs à leurs développements politiques ou philosophiques? Lorsqu'ils abordent ces questions, les spécialistes ont longtemps été d'une grande discrétion et hypocrisie. On sait, explique Jules Gay, l'auteur d'une bibliographie des ouvrages de second rayon, que les amateurs des productions érotiques "sont souvent et la liste des catalogues de vente en fait foi des personnes très réservées, très discrètes et de la conduite la plus exemplaire tandis que les débauchés les craignent et les éloignent d'eux avec hypocrisie et souvent avec colère. Pour un esprit chaste les priapées d'Herculanum n'offrent rien de dangereux tandis que pour un esprit corrompu le plus léger sous entendu, l'allusion la plus gazée équivaut à une obscénité grossière." Est-ce vraiment plausible? Jules Gay confond probablement le plaisir des bibliophiles, grands érudits, collectionneurs de livres rares qui aiment trouver des ouvrages, écrire biographies et bibliographies, et celui, sans doute, plus courant, du lecteur (ou lectrice) cherchant dans la lecture des plaisirs d'une toute autre nature que nous montre cette gravure d'Emmanuel de Ghendt d'après une gouache de P.A.Baudoin :
Cette gravure, les récits mais aussi les préfaces d'ouvrages contemporains, le suggèrent : ces livres pouvaient aussi avoir un public féminin. Dans son étude de la pornographie en Angleterre aux 18ème siècle, Julie Peakman, donnent de nombreux indices de ces lectures15.
Les livres plus célèbres ont fait l'objet de nombreuses publications, mais toujours avec des tirages faibles. Les auteurs du site Erotika bibliophile ont répertorié une trentaine d'éditions de Gamiani de 1830 à la fin du siècle et une vingtaine d'éditions en français de Fanny Hill de 1751 à la fin du 19 ème siècle. Auxquelles il convient d'ajouter les nombreuses images coquines, grivoises que l'invention de la photographie en 1850 et celle, en 1880, de l'impression par point de trame ont multipliéees. Photos de nus, cartes postales coquines… plus faciles à trouver, stimulent également la libido.
Au XVIIIème, c'est au Palais Royal, haut lieu de la prostitution et du jeu, que l'on peut à Paris, le plus facilement se procurer littérature et images érotiques. Au siècle suivant, les images les plus crues sont diffusées dans les maisons closes de haut de gamme. Dans une société dans laquelle le plaisir est refusé aux femmes honnêtes, il y a une sociabilité de la maison close, lieu de plaisir, d'hygiène si l'on en croit Parent-Duchatelet, mais aussi d'apprentissage des jeunes gens, comme le montre cette scène de Gamiani : Alcide, le jeune héros est saisi d'un délire érotique, un rêve fou qui l'épuise. Lorsqu'il se réveille, il se retrouve entouré de trois femmes, jeunes encore, habillées de peignoir blanc. Il apprend que son médecin "comprenant ma maladie jugé à propos de m'appliquer le seul remède qui me fût convenable" : un passage au bordel. Lieu d'apprentissage, le bordel l'est doublement puisque l'on y trouve des filles mais aussi, souvent, du matériel pornographique. C'est également un mal nécessaire. Dans une société très rigide, la prostitution contribue, expliquent les avocats de sa réglementation "au maintien de l'ordre et de la tranquillité dans la société". "Les prostituées sont aussi inévitables dans une agglomération d'hommes que les égouts les voiries et les dépôts d'immondices. La conduite de l'autorité doit être la même à l'égard des uns qu'à l égard des autres son devoir est de les surveiller d'atténuer par tous les moyens possibles les inconvénients qui leur sont inhérents et pour cela de les cacher de les reléguer dans les coins les plus obscurs en en un mot de rendre leur présence aussi inaperçue que possible." (Parent-Duchatelet)
Années 20 : secouer les contraintes
L'invention à la toute fin du XIXème siècle du cinéma (c'est en 1894 qu'est projeté le premier film des frères Lumière) modifie une nouvelle fois le paysage. Le matériel pornographique peut devenir spectacle public. Les films érotiques se multiplient un peu partout en Europe. La plupart sont produits par des sociétés qui ont pignon sur rue, comme Pathé Frères à Paris ou Saturn à Vienne. Les plus crus sont réalisés par des anonymes à usage des bordels. La censure d'abord dépassée se fait vite plus incisive. Le premier décret de censure est pris aux Etats-Unis en 1907 (il s'agit d'interdire une bande montrant une jeune femme dansant déshabillée), mais elle se généralise rapidement un peu partout et devient vite bien plus sévère pour le cinéma que pour le théâtre comme le remarque en 1930 le Mercure de France16. Le réalisme de l'image cinématographique gêne plus que la grivoiserie et les sous-entendus libertins du théâtre de boulevard. Et l'on sait combien aux Etats-Unis le code Hays a corseté, de 1934 à 1966, scénaristes et réalisateurs d'Hollywood.
Sur le front de l'édition les choses changent également. Un marché du livre libertin se développe, des éditeurs, souvent imprimeurs, comme Maurice Duflou, René Bonnel, les frères Briffaut, Jean Fort, assurent une production régulière malgré la censure, publient les contemporains, comme Appolinaire, Jarry, Aragon, Bataille, Pierre Louys (tous publiés par René Bonnel), rééditent des textes plus anciens que leur procurent les bibliographes qui fréquentent l'Enfer de la bibliothèque nationale : Pascal Pia travaille régulièrement avec René Bonnel et Louis Perceau, grand collectionneur de littérature érotique, avec Maurice Duflou. Ces éditeurs autorisent enfin des artistes, comme Paul-Emile Becat, grand Prix de Rome en 1920, Jean Morisot (alias Jean de Santeval), André Collot, Bernard Montorguei, Martin Van Maele à se spécialiser dans la production d'images érotiques. Ce qui n'exclut pas d'autres spécialités : Luc Lafnet, peintre belge, ami de Georges Simenon, connu sous divers pseudonymes (Jim Black, Lucas O., Viset) partageait son temps entre illustration de livres érotiques et peinture de chemins de croix…
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Paul-Emile Becat
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Bernard Montorgueil
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Jean Morisot
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Martin Van Maele
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Berthommé Saint-André
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André Collot
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Ces auteurs n'hésitent pas à faire, comme leurs prédécesseurs, preuve d'humour. Ils s'amusent comme en témoignent certaines des illustations de Martin Van Maele et les scénarios de certains films. Agenor fait un levage, tourné en 1925, nous montre le malheureux Agenor emmener à l'hôtel une fille qu'il ne peut satisfaire. Furieux, il achète dans une pharmacie des pillules aphrodisiaques qu'il prend en quantité. Il retrouve la fille, l'emmène à l'hôtel, mais celle-ci, très vite fatiguée de tant d'ardeur s'en va. Comme il lui reste de la vigueur de reste, il appelle la "bonniche" à laquelle il fait subir les derniers assauts. Saisie d'un remord, la première fille revient. Notre pauvre Agenor est désespéré, mais non, les deux jeunes femmes bien loin de lui en vouloir se jettent sur le lit et l'oublient. On retrouve cet humour aux Etats-Unis dans les slapsick comedies, dans les films burlesques (comme Peeping Tom )et dans les dirty comic books.
Les écrivains ne sont pas en reste. Alphonse Gallais, l'auteur des mémoires du baron Jacques, pamphlet contre le baron Jacques d'Adelsward-Fersen, haute figure de l'homosexualité de la Belle Epoque (il organisait chez lui des lectures de poèmes avec des jeunes gens nus), a-t-il pu écrire autrement qu'en riant des phrases comme : "Hier je suis allé chez Louis et j'ai baisé Laura, sa jument. Pendant que je faisais la mignardise à Laura, Louis m'enculait et moi je branlais Phanor et Finaud ses terres-neuves. Miracles, nous avons déchargé tous les quatre ensemble. On sait s'amuser dans la noblesse " ou : "Après avoir embrassé et sucé la langue du défunt tout bleu, je donnais l'ordre de dépendre le corps. Les viscères furent mis dans une urne spéciale La chair fut hachée dans la machine américaine qui sert à faire disparaître les enfants sacrifiés à nos messes et bourré dans des tubes en baudruche. Chaque invité muni de ce godemiché se sodomisa, pendant une heure, après nous mangeâmes chacun notre saucisse à la Gontran en sablant le champagne." Le ton, l'hénaurmité des scènes rappellent l'Anti-Justine, le pamphlet que Restif de la Bretonne écrivit contre Sade.
La spécialisation de quelques illustrateurs dans l'édition érotique n'a pas empêché les artistes plus "traditionnels" de s'y intéresser. Bien au contraire. Picasso, Duchamp, Schiele, Rodin… ont une oeuvre érotique abondante, audacieuse et forte. Il leur arrive de reprendre des thèmes anciens comme fait Dali lorsqu'il revisite le bât de Pierre Subleyras, un peintre français du XVIII ème siècle, mais le plus souvent ils expriment leurs propres fantasmes.
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Pierre Subleyras
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Salvador Dali
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C'est, d'ailleurs, dans leur entourage que s'est dessiné, dès le lendemain de la première guerre mondiale, le premier mouvement de protestation contre la censure. Un événement, aujourd'hui oublié, illustre cette évolution des esprits. Cela se passe en 1920. Le sculpteur d'origine roumaine Brancusi présente au salon des indépendants la Princesse X, une oeuvre qu'il a conçue comme une célébration de l'unité des deux sexes et dont on comprend mieux l'intention lorsqu'on la compare au Buste de jeune fille qu'Ossip Zadkine avait réalisé quelques années plus tôt. Passant devant, Picasso et Matisse s'écrient : "Voilà un phallus" suscitant aussitôt la gêne de Paul Signac, le Président du Salon , des protestations et, en définitive, le retrait de cette oeuvre à la demande du préfet de police. Aussitôt, Cocteau, Picasso, Blaise Cendrars, Marie Curie et quelques autres publient dans le Journal du Peuple une protestation : Pour l'indépendance de l'art.
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Princesse X, Brancusi
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Buste de jeune fille, Zadkine
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Les écrivains ne sont pas en reste. Si les surréalistes sont réservés, malgré quelques productions célèbres, comme le Con d'Irène, d'Aragon, Georges Bataille fait de l'érotisme l'un des concepts majeurs de sa réflexion philosophique. En l'associant à la transgression, renouvelant ainsi le pacte de la pornographie et du sacrilège, mais aussi à la dépense gratuite.
Les années 50 : se libérer de la censure
Cette bataille pour la liberté prendra une nouvelle tournure dans les années 50. L'image et le texte pornographiques deviennent des enjeux dans la lutte pour les libertés. Dans une société qui a choisi d'alléger les contraintes sur les choix individuels, l'interdiction de la pornographie devient inacceptable. Le combat est mené par des éditeurs Maurice Girodias, éditeur de Nabokov, Anaïs Nin et Henry Miller, par Jean d'Halluin (éditions du Scoprion), Claude Tchou, Jean-Jacques Pauvert et Eric Losfeld, tous éditeurs des surréalistes, qui réussissent au prix de nombreuses bagarres avec la censure à faire sortir les livres érotiques de la clandestinité. Jean-Jacques Pauvert a été particulièrement en pointe dans ce combat. Il commence, en 1954, en bravant la censure et en publiant Juliette de Sade, ce qui est l'occasion d'un célèbre procès où son avocat, Maurice Garçon, fera citer, comme témoins de la défense, Georges Bataille, Jean Cocteau et Jean Paulhan17.
Il s'expliquera d'ailleurs à plusieurs reprises sur le sujet, allant jusqu'à publier en 1971 un mauvais roman pornographique (L'enfer du sexe de Youl Belhomme) pour l'accompagner d'une préface au titre explicite : "Le vrai problème de la censure". La qualité esthétique ne doit pas être un critère de la censure. Même sans intérêt un livre pornographique doit pouvoir être publié.
Les éditeurs sont aidés dans ce combat par des auteurs qui souhaitent lever l'interdit qui pèse et limite leur inspiration. Dans la préface qu'il à écrite pour J'irai cracher sur vos tombes, roman provocateur qu'il écrit sous un pseudonyme transparent, Vernon Sullivan (anagramme de Vian sull, Vian qui boude ou, si l'on préfère, qui résiste), Boris Vian vend la mèche : si Sullivan a choisi de faire publier son livre dans une traduction, c'est que ses éditeurs américains, trop timides, hésitaient à publier le roman d'un négre blanc. Et il continue par une défense de la littérature "réaliste." Argument voisin de celui qu'avait utilisé quelques mois plus tôt, de l'autre coté de l'Atlantique, Henri Miller : l'obscénité, écrivait-il, est un fait de la vie et il est, dés lors, légitime d'en parler dans les livres ("Obscenity and the Law of Reflection", 1945).
Les éditeurs sont également soutenus dans leur combat par la psychanalyse qui se développe. Ses représentants, de plus en plus souvent sollicités dans la presse, et leurs multiples épigones (journalistes chargées du courrier du coeur, auteurs d'ouvrages psychologiques, enseignants) insistent sur l'utilité qu'il y a, pour la santé de chacun, à exprimer librement ses fantasmes.
Même si l'attitude de la psychanalyse à l'égard de la censure est ambiguë, complexe, contradictoire. Elle réhabilite le corps, la sexualité, qu'elle renvoie à l'enfance, temps de l'innocence, avec parfois des arguments surprenants. "En raison de la différence des tailles, l'enfant, explique Groddeck, psychanalyste mais aussi inventeur de la médecine psychosomatique, est vraiment obligé pendant des années de prendre connaissance par le nez de tout ce qui a lieu dans le ventre de sa mère, il doit (…) percevoir le curieux changement d'odeur qui s'effectue chez la femme toutes les quatre semaines. Il est également obligé de subir l'excitation à laquelle est soumise la mère pendant ses périodes."18 Elle brouille en permanence les frontières : la répulsion que l'on éprouve devant une image peut être interprétée comme un désir refoulé, jugé honteux, or tout le travail du psychanalyste consiste, justement, à ramener à la conscience, par delà les résistances, ces désirs refoulés puisque, comme l'expliquait Freud tout renoncement aux pulsions peut avoir des conséquences sur le plan psychologique. Mais elle revalorise aussi l'interdit. "La loi, dit de manière significative un psychanalyste, loin de s’opposer au désir, lui est foncièrement identique : c’est elle qui permet son instauration, et l’expérience psychanalytique montre bien que c’est quand elle a été, à des titres divers, défaillante que le sujet se trouve en difficulté quant au désir."19 Contradiction qui explique que les psychanalystes, acteurs majeurs de la révolution sexuelle soient souvent aujourd'hui des critiques de la libération complète de la censure.
L'industrie publicitaire qui banalise l'image érotique se révèle également, quoique probablement à son corps défendant, une alliée majeur dans ce combat. Tout au long des années 50, années d'expansion de ses marchés, on voit se développer une véritable complicité entre la publicité et l'image érotique20. Les professionnels jouent en permanence avec la censure. Ils le font dans les images populaires, que les élites rencontrent rarement (calendriers industriels, pini-ups comme celles de Gil Elvgren), mais aussi dans l'affichage.
Et comme la publicité a vocation à afficher publiquement ses images, elle contribue à faire reculer les limites de la tolérance aux images audacieuses. Le jeu était assez simple : les publicitaires trouvaient dans le jeu avec les images pornographiques (érotiques, sexuelles, disons, pour simplifier, lascives), dans les allusions, une manière d'attirer le regard, de créer éventuellement le scandale. Mais comme ces publicités avaient vocation à être publiques, à être vues par le plus grand nombre, le scandale est vite éventé. Et la frontière entre le licite et l'illicite à chaque fois un peu plus déplacée. La campagne de publicité de l'afficheur Avenir en 1981 est une bonne illustration de cette "stratégie du scandale". Cette campagne qui reprend (sans probablement le savoir) une idée d'Auguste Elysée Chabaud, peintre de la période fauve, a beaucoup fait parler d'elle, mais bien d'autres campagnes ont joué le même jeu : les images érotiques ont le double avantage de retenir l'attention et de séduire. Il est donc naturel de les utiliser quand on veut se faire connaître.
Cette bataille contre la censure a duré longtemps. En 1968 toutes les marques sont autorisées à la publicité télévisuelle, sauf les carburants, les disques, la margarine et… la lingerie, "dans le respect des intérêts fondamentaux de l'économie nationale". En 1986, Frank Zappa a du se défendre à la télévision, dans une émission alors célèbre aux Etats-Unis, Crossfire, contre des conservateurs qui voulaient interdire certaines de ces chansons. Cette bataille n'est, d'ailleurs, pas complètement achevée puisqu'en 2009 plusieurs films publicitaires du couturier Calvin Klein ont été interdits d'antenne aux Etats-Unis pour cause de pornographie.
Le cinéma a été un des hauts lieux de ce combat qui a duré. A la sortie du film Emmannuelle en 1973, un débat oppose encore partisans et adversaires du cinéma érotique. Maurice Druon, ministe de la culture de Georges Pompidou demande de larges coupures, voire son interdiction. Son successeur, Michel Guy, déclarera quelques mois plus tard : "Tous les films doivent pouvoir sortir sans distinction. Je ne me reconnais pas le droit d'interdire à des spectateurs adultes la possibilité de voir les films qu'ils désirent. En 1975, les gens choisissent ce qu'ils veulent voir et je dois les laisser libres". La messe est dite : la pornographie peut enfin sortir de la clandestinité. La censure est aux yeux de beaucoup un mal pire que la pornographie, comme on le verra lors des débats sur la diffusion de films érotiques à la télévision.
La pornographie contemporaine : le temps des féministes
Toutes ces analyses historiques le montrent : la pornographie est un phénomène d'une réelle complexité. On ne peut, si l'on veut la comprendre, s'en tenir à un discours moral, il faut l'analyser dans toute dans ses relations avec les technologies qui décident de ses conditions de production et de diffusion, mais aussi avec la police des corps et des affects, avec les normes sociales qui définissent ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas.
La pornographie contemporaine est le fruit d'une double révolution technologique, de sa production avec la multiplication des caméras et de sa diffusion avec le web, et d'une profonde transformation de notre environnement culturel. Si le XVIII ème siècle finissant a inventé la différence des sexes, le 20ème siècle l'a effacée. Le moment majeur est, bien sûr, ce passage du Deuxième Sexe, fondateur du féminisme moderne, dans lequel Simone de Beauvoir explique qu'on "ne naît pas femme, on le devient" : "Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre. En tant qu'il existe pour soi, l'enfant ne saurait se saisir comme sexuellement différencié. Chez les filles et les garçons, le corps est d'abord le rayonnement d'une subjectivité, l'instrument qui effectue la compréhension du monde : c'est à travers les yeux, les mains, non par les parties sexuelles qu'ils appréhendent l'univers. Le drame de la naissance, celui du sevrage se déroulent de la même manière pour les nourrissons des deux sexes ; ils ont les mêmes intérêts et les mêmes plaisirs." La différence sexuelle est une affaire de culture, et non plus de nature.
"Jusqu'à douze ans, explique Simone de Beauvoir, la fillette est aussi robuste que ses frères, elle manifeste les mêmes capacités intellectuelles ; il n'y a aucun domaine où il lui soit interdit de rivaliser avec eux." Neuropsychologues et sexologues contemporains sont plus audacieux. Même à des âges plus avancés, la différence entre les sexes reste fragile. Les femmes ont les mêmes désirs et les mêmes plaisirs que les hommes. Comme l'explique Serge Wunch, "il ne semble pas exister beaucoup de différences entre les hommes et les femmes par rapport à l'intensité des différents types de plaisirs. Au niveau neurophysiologique, il semble donc exister, indépendamment du genre, non pas une identité, mais une similitude des réactions hédoniques."21 Elles ont les mêmes fantasmes, comme le montrent Claude Crepault & alii22. De là à en conclure qu'elles ont les mêmes comportements il n'y a qu'un pas que les statistiques invitent à franchir : les femmes auraient, nous disent-elles, commencé de fréquenter massivement les sites pornographiques.
Le nom de Simone de Beauvoir est associé à la révolution féministe des années 70 que le Deuxième Sexe a anticipée et préparée. Mais la conquête de l'égalité entre hommes et femmes n'épuise pas ses thèses. Si notre identité sexuelle est acquise, si elle est un fait de culture et non plus de nature, il doit être possible d'en changer Et si ce changement est possible pourquoi ne serions-nous pas libres d'en changer, de la modifier, de la reconstruire? Dès lors que la nature n'impose plus sa loi nous sommes libres La nécessité fait place à la liberté. Ces identités multiples qui aspirent toutes à la banalité s'inscrivent dans le droit fil de cette érosion de la différence sexuelle. Pourquoi les homosexuels ne pourraient-ils pas se marier et avoir des enfants dés lors que chacun est libre de choisir sa sexualité? pourquoi condamnerait-on le triolisme, l'échangisme, le sado-masochisme dés lors qu'il y a consentement mutuel entre partenaires? Les changements de sexe et les expériences transgenres, méconnues en France, mieux connues en Allemagne ou en Californie (voir l'excellente série télévisé The L word) ne sont que la pointe la plus avancée de ce combat pour la conquête de ce droit à la liberté de choisir son identité. Une révolution des genres a succédé à la révolution sexuelle des années 70.
Le 19ème siècle avait enfermé la sexualité dans un cachot sombre dont la psychanalyse l'a fait sortir. Elle est devenue, au lendemain de la révolution sexuelle, libre-choix, c'est-à-dire terrain d'interrogations, d'hésitations, de préoccupations : la liberté de choisir impose d'envisager mais aussi de peser des alternatives aux comportements conventionnels. Lorsque Jean-Claude Guillebot explique dans la Tyrannie du plaisir que "la sexualité est devenue un acte banal, un plaisir innocent entre le jogging et la télévision, une performance" il commet une erreur d'appréciation et confond liberté et indifférence. La sexualité reste une affaire grave. Les décisions qui l'entourent, choix de s'engager ou de se séparer, engagent, restent douloureuses.
Dans ce contexte inédit, la pornographie, devenue consommation de masse, joue un rôle nouveau. Terrain de découverte, d'expérimentation mais aussi de préparation, elle est un adjuvant au désir et au plaisir. Et ceci se lit dans les modifications qu'elle a connues, tant dans ses limites, que dans ses contenus et ses usages.
Réinventer la censure
Que l'identité sexuelle devienne une affaire de choix ne veut pas dire que tous les tabous sautent automatiquement. De nouvelles questions émergent : a-t-on le droit à n'importe quelle identité? Y a-t-il des limites? Et si c'est le cas, où se situent-elles? Où passe la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. En d'autres mots : où faut-il mettre la censure?
Cette question, ce sont des femmes qui l'ont posée, dés le début des années 80. Des féministes violemment hostiles à la pornographie. Retrouvant des accents et arguments puritains classiques23, elles reprochaient à la pornographie d'humilier la femme, de la ramener au statut d'objet des fantasmes masculins. A entendre leurs principales porte-parole, Catharine Mac Kinnon et Andrea Dworkin, la pornographie serait doublement violente : elle le serait lors de sa production, en forçant des femmes à se prostituer, mais elle inciterait aussi les hommes qui la regardent à la brutalité24. "Pornography is the theory; rape is the practice," écrit en un raccourci saisissant une autre féministe radicale, Robin Morgan. Une thèse aussitôt reprise par des représentantes de la droite anti-féministe, comme Phyllis Schlafly : "Pornography cannot be victimless because its very essence demands that a victim be subordinate. One cannot be an abuser unless there is an abused. Pornography portrays the past abuse, and pornography is a tool to facilitate future abuse." (Pornography's victims, Crosway books, 1987)
Très vite, ces féministes se sont heurtées à d'autres femmes, travailleuses du sexe qui commençaient à s'organiser (sur ce phénomène, voir Gregor Gall, Sex worker union organising), à prendre la parole, à s'exprimer par la voix de leur organisation syndicale (comme l'IUSW ou International Union of Sex Workers britannique) ou, depuis le début des années 2000, sur des blogs, comme Annie Temple, une ex-strip-teaseuse canadienne25. Ces femmes pro-porno ne nient pas la violence, elles la relativisent : la violence n'est pas généralisée, il y a des travailleuses du sexe heureuses. Là où il y a violence, elle peut être combattue avec les armes classiques du syndicalisme, de la lutte contre les discriminations, c'est-à-dire de la loi à l'élaboration de laquelle prostituées, escortes et autres travailleuses du sexe voudraient participer (voir, sur ce sujet cet article de Catherine Stephens, l'une des dirigeantes de l'IUSW : Propose Less, Listen More ). Interdire la pornographie serait à leurs yeux contre-productif. D'autant, ajoutent-elles, que cette violence n'a pas les effets catastrophiques que l'on dit, ce que confirment la plupart des études sur le sujet. Celle de la Commission on Obscenity and Pornography réalisée aux Etats-Unis au début des années 70, celles plus récentes d'Henner Ertel, réalisée en 1990 sur 10 000 sujets allemands ("Erotika und Pornographie", 1990), et de Tod Kendall montrent :
- l'absence d'effet escalade : la consommation de pornographie douce n'incite pas à la consommation de pornographie plus crue, la consommation de pornographie crue n'incite pas à la recherche d'images extrêmes (pédophilie, zoophilie, viol…),
- l'absence de passage à l'acte : la présentation de scènes de viols n'incite pas au passage à l'acte. Comme le dit Tod Kendall, un économiste qui s'est intéressé à ces questions, "several studies show that many sex criminals use pornography, and therefore argue that pornography causes sex crimes. This is a bit like saying that many Mexicans like tacos, and so the way to solve our country's illegal immigration problem is to abolish Mexican food."
Aux yeux de ses avocates, la pornographie a une utilité sociale. Elle permet aux hommes d'expérimenter ce qu'ils n'osent demander à leurs épouses et corrige les difficiles relations entre sexes dans l'ère post-féministe. "I think, explique Annie Temple dans une interview, women go a little too far when finding it offensive to be looked at or propositioned by men. Men have become ashamed of their capacity for visual, sexual arousal. They are unsure of how to proceed in relating to women because women are often so judgmental and sexually sensitive to comments."
Quoiqu'opposées sur à peu près tout, ces adversaires ont, par leurs échanges, leurs débats, l'impact qu'ils ont eu sur l'opinion mais aussi sur les philosophes, contribué à l'élaboration d'une nouvelle norme de ce qui est acceptable26. A l'inverse de ce que l'on dit trop souvent, la censure n'a pas disparu, elle s'est déplacée avec les normes de ce qui est socialement acceptable. Elle n'est d'ailleurs pas moins sévère, elle l'est même peut-être probablement plus. La pédophilie et la zoophilie sont plus mal tolérées aujourd'hui que n'était hier la pornographie ordinaire. Ses images ne sont, d'ailleurs, pas beaucoup plus faciles à trouver. Les grands sites spécialisés les excluent spontanément de leurs catalogues. Aucun ne propose d'images montrant des jeunes filles de 15 ans, âge de bien des héroines des romans érotiques des siècles précédents. La condamnation morale est si forte qu'ils prendraient, à présenter des photos de ce type, outre des poursuites judiciaires, le risque de perdre une partie de leur public. La violence, les scènes de viol sont d'un accès plus facile, mais on ne peut exclure qu'elles soient, elles aussi, progressivement marginalisées sous l'effet conjoint des féministes et des travailleurs du sexe.
Des contenus qui changent
Si les femmes se sont imposées dans le débat sur la pornographie, elles ont aussi pris leur part dans sa production d'un domaine longtemps réservé aux seuls hommes. Ce n'est pas une complète nouveauté. J'ai déjà cité l'auteur du Roman de Violette. On peut également avancer le nom de Renée Dunan, poétesse proche des surréalistes, auteur dans les années 20, d'ouvrages aux titres aussi suggestifs que La Culotte en jersey de soie, Une Heure de désir, La Flèche d'Amour, Mimi Joconde ou la belle sans chemise, La Dernière Jouissance, Les Nuits voluptueuses, Au Temple des Baisers, Entre deux caresses, Le Sexe et le poignard : la vie ardente de Jules César… mais aussi d'un essai sur la philosophie de René Boylesve et de textes sur le naturisme qu'elle envisage comme un acte politique, une entreprise de libération. Mais ce n'est que tout récemment que les femmes se sont mises à écrire, à la suite de Dominique Aury (Histoire d'O), d'Emmanuelle Arsan (Emmanuelle) de la pornographie de manière toute naturelle faisant tomber l'idée qu'elles seraient incapables de transformer les "sensations sexuelles" en "idées et images"27.
L'industralisation de la pornographie a donné à un nombre croissant de femmes, la possibilité de faire carrière dans ce domaines. Les réalisatrices sont peut-être même plus nombreuses dans la San Fernando Valley, haut-lieu de l'industrie du divertissement pour adultes (on l'appelle aussi la Porn Valley), qu'à Hollywood. Parmi les plus célèbres, on peut citer Candida Royalle, Estelle Joseph ou Petra Joy , mais aussi Erika Lust , Kelly Holland ou Hetta Eisenberg. Toutes ces réalisatrices assurent produire des films plus proches des attentes d'un public féminin qui demanderait des scénarios plus évolués, un jeu d'acteur plus sophistiqué. Mais est-ce bien le cas? Malgré les déclarations de leurs auteures28, on peut en douter. Des psychologues ont comparé 122 scènes tirées au hasard dans 44 films pornographiques réalisés pour moitié par des hommes et pour moitié par des femmes en 2005. Leurs conclusions sont sans appel : "Findings revealed that all films shared similar depictions: Verbal and physical aggression was common, women were the primary targets of aggression, and negative responses to aggression were extremely rare."29
Est-ce à dire que la pornographie reste quoiqu'il arrive égale à elle-même? que les contenus sont restés identiques? Non. Les images que l'on trouve sur le web reprennent, pour l'essentiel, les thèmes, les situations, les positions de la pornographie traditionnelle : fellation, pénétration, triolisme, sodomie, éventuellement quelques acrobaties à la Fendi… mais leur mise en scène, leur présentation ont changé. Plus que l'arrivée de producteurs et de réalisateurs de sexe féminin, ce sont les conditions de production et la technologie qui ont modifié les contenus, les ont rendus plus réalistes mais aussi probablement plus proches de ce qu'attend un public féminin.
Les conversations philosophiques des romans érotiques du XVIIIème siècle, l'humour, si fréquent dans les estampes du XIXème siècle, dans les films des années 20, ont disparu30. Plus personne ne pense ni ne s'amuse, ni les comédiens, ni le metteur en scène, ni, bien sûr, le spectateur. Cela tient sans doute aux conditions de réalisation. Tourner un film dans un bordel au lendemain de la première guerre mondiale devait être pour tous, comédiens, techniciens, une distraction, un moment exceptionnel, c'est devenu un travail, un métier. Dans la vallée de San Fernando, haut lieu de la production pornographique mondiale, ce sont des sexworkers, des travailleurs du sexe qui fabriquent ces films. L'inattendu, l'inouï, l'exceptionnel a fait place au banal : négociations de contrats, revendications salariales… Cela vient, également, des traitements effectués pour la diffusion sur le net. La plupart des utilisateurs accèdent aux images pornographiques au travers de moteurs de recherche ou de sites spécialisés qui proposent des banques de données de films ou d'images gratuits. A l'origine, ces images et films courts étaient conçus comme des produits d'appel pour des films plus longs produits de manière classique par l'industrie pornographique et disponibles sur des sites payants. Producteurs et diffuseurs ne retenaient donc que les scènes les plus explicites, coupant tout ce qui n'allait pas à l'essentiel : introduction, présentation des personnages, préliminaires, dialogues…
Conséquence inattendue de cette présentation tronquée : la réduction du nombre de scènes violentes, de relations forcées, d'insultes ou de viols, fréquentes dans les videos vendues dans les sex-shops. Les scènes de contrainte se situent en effet dans les préliminaires qui sont coupés. Dans une étude réalisée en 1991, Duncan affirmait que 13% des vidéos qu'il a analysaient comportaient des scènes de ce type. La violence n'est certainement pas absente du net, mais pas dans ces proportions. Or, c'est un fantasme courant tant chez les hommes que chez la femme que Claude Crepault et alii analysent comme une "dénégation de la responsabilité du plaisir sexuel". "En utilisant ce fantasme, expliquent-ils, la femme peut se permettre d'accéder au plaisir sans culpabilité du fait qu'elle n'est plus elle-même. C'est l'autre qui par catharsis devient responsable de son plaisir." Supprimer la violence des représentations pornographique revient à réduire sa dimension fantasmatique, imaginaire. Ce qui est paradoxal puisque, comme l'explique Crépault, "le fantasme érotique remplit plusieurs fonctions. La fonction plus évidente est la fonction de plaisir : le fantasme peut contribuer à l´ éveil et à l`activation de l`excitation érotique, tout comme il peut faciliter le déclenchement de l`orgasme. À L´abri du regard social, il donne plus facilement accès à des plaisirs interdits. Dans sa fonction compensatoire, le fantasme permet de suppléer les insuffisances du réel : il corrige une réalité insatisfaisante, limitative ou inaccessible : Il peut aussi pallier les effets de la «routinisation», de l`usure érotique conjugale." (Crépault, 1997 : 301). .
Cette tendance à la présentation des seuls contacts sexuels sans le moindre souci de vraisemblance a été renforcée récemment par la multiplication de films réalisés avec des petites caméras vidéo tenus à la main par un acteur ou un accolyte. Dans cette pornographie "gonzo", apparue au tout début des années 90, le cadrage est sommaire, la mise en scène et le montage réduits au minimum. La lingerie, le maquillage, les corps travaillés, siliconés, épilés des acteurs, tout l'attirail fantasmatique, sexy du porno traditionnel disparaît, remplacé par les corps ordinaires, plus ou moins soignés, de tout un chacun. Les conventions de la pornographie d'autrefois, les normes de la plastique sexy héritées du monde des pin-ups, les sexes épilés, sont oubliés, mis au rancart. Acteurs, décor, toilettes… tout ce que l'on voit sur l'écran est tiré de la "vraie vie" : les acteurs sont des personnes que l'on pourrait rencontrer en allant faire ses courses, et non plus des figurines ou des comédiens qui jouent un rôle et trichent. Toute distance entre le spectateur et les acteurs, entre le réel et l'imaginaire est gommée. Cette course à la simplicité est poussée plus loin encore dans les films amateurs tournés avec une caméra posée sur un meuble qui nous montrent des scènes toujours aussi explicites, mais avec beaucoup moins de plans gynécologiques.
On pourrait interpréter cette pornographie plus réaliste qui fait l'économie de tout l'attirail érotique comme une conséquence de l'utilisation de nouvelles technologies. L'effet de vérité que produisent aujourd'hui les films gonzos n'est pas très différent de celui produit en 1860 par les premières photographies érotiques, même si nous ne voyons plus aujourd'hui en elles que représentation fanée. La pornographie oscille sans cesse entre le cru et l'érotique, entre la vérité des corps et leur sublimation, entre le témoignage obsessionnel et la recherche esthétique31. S'en tenir à cette explication serait cependant faire peu de cas de changements dans le contenu qui vont au delà de l'audace dans la représentation de corps en train de faire l'amour.
Les féministes ont souvent souligné la manière dont le cinéma pornographique humiliait les femmes, les présentait exclusivement soumises au désir masculin. Ce qui était le cas dans les films produits dans le circuit classique l'est moins dans la pornographie contemporaine. Les femmes n'y apparaissent plus condamnées à la passivité. Bien au contraire, elle sont actives et font souvent preuve d'initiative. Les féministes radicales seraient sans doute tentées d'y voir un nouveau fantasme masculin, mais on peut également l'interpréter comme le signe d'une modification sensible du contenu de la pornographie. Prenons la fellation. On sait que ce geste omniprésent dans la production pornographique a longtemps été ostracisé, qu'il reste encore passible de sanctions pénales dans plusieurs Etats américains mais aussi, semble-t-il, à Singapour (là-dessus, voir cet article et celui-ci). S'il est devenu aujourd'hui banal, il reste ambigu, considéré par certaines femmes (notamment dans les milieux populaires) comme un service sexuel relevant de la prostitution et par d'autres comme une caresse faisant parti des préliminaires32. Or, on retrouve cette ambiguïté dans les films pornographiques. Sur certains, le jeu des acteurs, leurs gestes lui donnent le sens d'une domination, sur d'autres, souvent films d'amateurs, plus réalistes, plus proches de ce que chacun vit, celui d'une caresse. Le sens est évidemment tout différent.
Du fait du rôle des féministes dans la réflexion sur la pornographie contemporaine, l'accent a surtout été mis sur le traitement du corps féminin, mais celui du corps masculin mérite également qu'on s'y attarde un instant. Dans la pornographie industrielle, la plupart des scénarios se terminent sur une éjaculation sur le corps ou le visage de la femme. Ce que les Américains appellent sperm spay, sperm rain, cumshot ou, parfois money shot (parce que les comédiens ne sont pas rémunérés s'ls n'éjaculent pas).
Ces scènes déplaisantes (qui a envie de recevoir du sperme dans l'oeil?), ignorées de la pornographie historique, sont supposées illustrer le plaisir masculin qu'on ne montre jamais autrement comme s'il se résumait à cela. Humiliantes pour les comédiennes qui ne semblent guère les apprécier, comme le suggèrent ces quelques images, elles le sont également pour leurs collègues masculins présentés comme des impuissants qui ne peuvent conclure qu'en se masturbant. Comme s'ils avaient troqué leur fertilité contre leur endurance, leur humanité contre leurs performances. Or, ces scènes sont plus rares dans les pornographies gonzo et amateurs. Plus réalistes, faisant souvent l'économie de l'attirail érotique, cette pornographie ne donne plus une vision exclusivement masculine de la sexualité et ne joue plus tout à fait le même rôle.
Un marché de masse arrivé à maturité
Grâce aux outils statistiques disponibles sur le web, grâce également à l'émergence d'entreprises spécialisées importantes, sorties de la clandestinité, on dispose de plus d'informations sur les usages de la pornographie contemporaine. On sait, et cela a été dit et répété, que sa consommation est devenue un phénomène de masse.
On sait moins qu'elle est devenue un divertissement familial. L'image du pervers solitaire qui regarde en cachette des images salaces, du tire-au-flanc qui consulte des sites internet pendant ses heures de bureau n'est plus tout à fait exacte. S'il est vrai que l'essentiel de sa consommation se fait en semaine de 9 heures à 5 heures, les statistiques montrent des pics significatifs pendant les vacances et les week-ends, c'est-à-dire pendant des périodes dans lesquels ses consommateurs sont en famille. Ceci est tout particulièrement vrai dans les pays protestants qui y sont depuis le plus longtemps confrontés, comme ici aux Etats-Unis :
Cette banalisation est confirmée par des études sur les comportements des acheteurs de sex-shops. Une ethnologue, Dana Bekowitz, qui a étudié pendant trois ans les comportements des acheteurs a mis en évidence trois catégories d'acheteurs : les voyeurs qui regardent avec une certaine gêne sans forcément acheter, ceux qui viennent en groupe et qui plaisantent, et ceux, enfin, hommes ou femmes, qui se comportent dans ces magasins comme dans n'importe quel commerce : acheter de la pornographie est un acte banal33. “There was, raconte Dana Berkowitz, one older woman with gray shoulder-length hair wearing Birkenstocks who felt so comfortable with her sexuality that she waltzed straight into the shop and announced in a voice loud enough for the whole store to hear that her vibrator had broken in use.”
Que ce soit une femme d'un certain âge qui ait ce comportement ne doit pas surprendre. La consommation de pornographie a cessé d'être une affaire exclusivement masculine. Toutes les enquêtes le confirment : les femmes s'y intéressent également. Les chiffres sont, on le devine, fragiles. Ils varient d'un pays à l'autre, ils varient également selon ce que l'on prend en compte (sites qui présentent du matériel pornographique, sites de rencontre…) mais dans les plus avancés, au moins 30% des femmes consulteraient plus ou moins régulièrement des sites érotiques, souvent avec leur compagnon, avec, lorsqu'elles sont seules, une préférence pour les sites d'échanges et de rencontres34. Et ceci toucherait tous les milieux, même les plus traditionnels : 34% des lectrices de la newsletter de Today's Christian Woman's disent avoir volontairement visité des sites pornographiques et une sur six avouent avoir un problème de dépendance. Cette consommation transcende les opinions, puisqu'aux Etats-Unis, les Etats les plus conservateurs sont, d'après cette étude , également les plus gros consommateurs de pornographie35. Le clergé n'échappe pas au phénomène. Dans une enquête réalisée en 2000 par Christianity Today, autre revue chrétienne américaine, 33% des membres du clergé interrogés ont reconnu avoir visité des sites sexuellement explicites. 53% de ceux qui en ont visité y seraient même retournés à plusieurs reprises et 18% entre deux fois par mois et plusieurs fois par semaine.
Si la pornographie est sans conteste devenue un marché de masse il reste difficile d'évaluer sa taille. Les chiffres donnés par les professionnels ne représentent qu'une part de sa consommation puisqu'ils ne tiennent compte que de leurs recettes alors que la plupart offrent à leurs visiteurs la possibilité de voir gratuitement des échantillons (20% seulement des utilisateurs de pornographie disent avoir payé pour en consommer)36. Mais comme tout marché celui-ci a des limites. Et il semble qu'elles aient été atteintes dans les pays les plus avancés. Les ventes de vidéo pornographiques ont beaucoup reculé, elles auraient diminué de moitié depuis 2004 (d'après Portfolio.com) remplacées par les consultations, plus économiques, plus discrètes et plus facilement accessibles sur le net. Mais celles-ci seraient également sur une pente descendante, comme l'indiquent les statistiques de Google sur les mots utilisés dans les recherches, qu'il s'agisse de mots à connotation exclusivement sexuelle (comme "blowjob" qui désigne la fellation en anglais) ou de recherches de sites pornographiques (comme Youporn).
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Les recherches sur le "blowjob" (fellation) aux USA
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Les recherches sur Youporn, le site d'images et vidéo le plus consulté aux USA
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Ce recul de la pornographie sur internet pourrait se faire au profit des sites sociaux. C'est ce que suggère Bill Tancer d'Hitwise qui a réalisé ce graphique intéressant :
L'une des explications pourrait être que les jeunes, gros consommateurs de sites sociaux, changent de comportements et trouvent plus amusant (et peut-être plus efficace) de se rendre sur Facebook que sur des sites pornographiques. Si tel était le cas, ceux-ci se verraient progressivement cantonnés dans leurs utilisations traditionnelles. Mais on peut avancer d'autres hypothèses : une partie de l'offre de contenus érotiques pourrait s'être portée vers ces sites37qui permettent des rencontres, des contacts que n'autorisent pas les sites qui n'offrent que des images ou des films. Le même phénomène pourrait toucher les sites de rencontre dont le trafic avait, d'aprés les statistiques de Comscore, tendance à stabiliser avant que la crise ne leur donne un second souffle.
Inventer sa sexualité et l'afficher
Même si le marché de la pornographie a achevé sa phase de forte croissance et atteint sa phase de maturité dans les pays les plus avancés, sa consommation reste à un niveau très élevé et cela mérite analyse. La réflexion sur les usages de la pornographie est relativement rare. Les commentateurs ont beaucoup plus insisté sur ses effets potentiels sur des populations fragiles (ou prétendues telles) que sur leurs usages réels : jeunes qui ne seraient pas en état de faire la différence entre leur vie et ce que vivent les personnages à l'écran et seraient donc incités à copier dans leurs pratiques sexuelles ce qu'ils voient sur leur ordinateur, personnalités faibles qui en deviendraient dépendantes. Le sujet a suscité assez d'intérêt aux Etats-Unis pour justifier d'auditions de spécialistes devant le Congrès (voir ici pour un résumé des thèses en présence). Mais ils se sont peu intéressés à son impact sur les comportements amoureux de la majorité, de tous ceux qui fréquentent ces sites sans devenir délinquant sexuel. Or, c'est bien la question principale : si tant de nos contemporains consomment de manière régulière de la pornographie, c'est qu'ils y trouvent un intérêt. Mais lequel?
On sait que les sexologues utilisent des matériaux érotiques pour susciter des fantasmes chez des adultes, hommes ou femmes, qui souffrent de pannes de désir, partant du principe que "l’inaptitude à avoir des fantasmes érotiques est souvent responsable du manque de désir et des défaillances de la fonction physiosexuelle" (Crépault). Ce faisant, ils ne font que domestiquer, pour mieux l'introduire dans leur pratique, une fonction traditionnelle de la pornographie. Conçue pour exciter ses lecteurs, elle les désinhibe, les aide à passer à l'acte mais aussi à éprouver du plaisir. Les quelques sondages dont on dispose suggèrent qu'elle est massivement utilisée à cette fin. L'enquête que Janet Lever a réalisée en 2004 auprès de 15 000 lecteurs (75% d'hommes, 25% de femmes) d'Elle.com et MSNBC.com confirme que cet effet n'est pas résevé à ceux qui consultent des sexologues : "Of the 53 percent of women who have viewed online adult content, 35 percent say they've found "more ways to look or act sexy." At least 28 percent say it "pushed the boundaries of what I find erotic."
Mais, comme le suggère ce dernier commentaire, la pornographie n'est pas seulement un moyen de lever les inhibitions et de susciter une stimulation sexuelle. Si elle n'était que cela, on ne comprendrait pas la disparition des préliminaires, de l'humour, de tout ce qui permettait justement d'entrer progressivement dans l'espace érotique qu'on observe dans ses manifestations contemporaines. Elle est aussi une expérience qui amène ses spectateurs à revoir leur vision du monde et, donc, leurs comportements. Certains s'en trouvent mieux, se sentent plus à l'aise avec leur corps et leurs fantasmes (dont ils découvrent qu'ils ne sont pas les seuls à les partager), avec leurs partenaires, plus libres de leurs gestes. "This study of self-perceived effects of hardcore pornography consumption, expliquent les auteurs d'une étude sur les jeunes danois, found that both men and women generally reported small to moderate positive effects of hardcore pornography consumption and little, if any, negative effects of such consumption. For both genders, the report of overall positive effect of consumption generally was found to be strongly and positively correlated in a linear fashion with amount of hardcore pornography consumption." Résultats voisins de ceux de l'enquête de Janet Lever : "The Internet may also be helping to improve interpersonal communication - 26 percent of women and almost 23 percent of men who have viewed adult material say it helped them to feel more confident talking with their partners about what they want sexually." Ce qui naturellement se traduit par des comportements sexuels plus actifs : "Among the respondents, 17 percent of men and women say looking at erotic material online with their partner has a "Viagra effect," that is, it enhances sexual arousal." Mais d'autres, à l'inverse, en sortent plus inquiets. Assez pour justifier l'émergence d'un marché de la lutte contre la dépendance38. Les femmes interrogées par Elle.com avouent leurs craintes de voir leurs partenaires entreprendre des aventures à l'extérieur, mais aussi leur crainte de ne pas être à la hauteur.
Cette contradiction n'est pas surprenante. Derrière cette quête de ce qui est bon pour soi se glisse une interrogation sur les limites de sa propre sexualité. Où commence-t-elle? ou finit-elle? Jusqu'où peut-on aller? Que peut-on s'autoriser? Que doit-on s'interdire? Il y a quelques années, Thierry Ardisson demandait sur une grande chaîne publique à ses invités, dont Michel Rocard, si "sucer, c'est tromper?" Question liée à l'actualité d'alors, aux mésaventures de Bill Clinton et de Monika Liwinski, qui souligne la fragilité des repères. Non seulement, on peut aborder ces questions sur une chaîne de service public à une heure de grande écoute avec des personnalités hautement respectables, mais aucune réponse n'est prévisible.
Le développement de ces interrogations est favorisé, sollicité par cette pornographie amateur qui fait l'économie de tout l'appareil érotique et montre des gens ordinaires, avec des corps banals, dans des décors de tous les jours. La frontière entre le réel et l'imaginaire est gommée et le passage de l'un à l'autre facilité avec ce Do It Yourself porn, tout comme ils le sont avec ces services interactifs qui donnent à tout un chacun la possibilité d'explorer son imaginaire et de se stimuler sexuellement. La technologie joue dans ce transfert un rôle de médiateur. Elle s'impose comme un tiers entre ceux qui dialoguent sur un site de rencontre, tout comme entre ceux qui font l'amour devant une caméra et ceux qui les regardent sur leur écran. Ce tiers, que chacun peut aujourd'hui se procurer tant les prix ont baissé, permet de révéler, de montrer sans risques, ce que chacun gardait pour soi, il éclaire d'un jour vif l'intimité, la chambre à coucher et ces désirs dont on réserve en général l'expression à ceux dont ils sont l'objet.
Le 17ème siècle et la contre-réforme, j'y reviens parce que fut l'un des moments fondateurs de notre modernité, ont inventé le confessionnal, ce petit meuble où l'on révèle en public ses péchés, c'est-à-dire ses secrets à un prêtre, caché derrière une grille, qui a l'obligation de les garder pour lui. Ce dispositif, longuement discuté lors du Concile de Trente, permet l'aveu tout en protégeant celui qui le reçoit de toute tentation d'en user, voire d'en abuser et celui qui le fait de l'opprobre de la communauté39. Ce faisant, il crée un lieu du secret partagé, ancêtre de tous les aménagements de notre espace conçus pour réduire la promiscuité et préserver l'intimité de chacun. C'est cette intimité que les technologies contemporaines réinventent. Les caméras domestiques qui filment des ébats amoureux, les webcams qui autorisent toutes les provocartions, les sites qui les diffusent, introduisent le spectateur dans le secret de la chambre à coucher sans pour autant violer l'anonymat de ceux qu'elles montrent.
Exhibitionnisme? Si l'on veut, mais mis sens sus dessous. Tel que le définissent les sexologues, l'exhibitionnisme est une "sexualité à distance qui protège les individus contre les risques d'échec relationnels et les blessures narcissiques". Or, on ne trouve rien de tel dans ces pratiques qui mettent au contraire en valeur les performances des partenaires, leur imagination érotique, leur capacité à entretenir des relations intimes. Plus qu'une défense visant à protéger des identités menacées, cet exhibitionnisme relève du coming out, de l'affirmation tranquille d'une sexualité qu'on n'hésite plus à afficher.
Les artistes et la pornographie
Si l'image pornographique est omniprésente sur internet, elle l'est également, et c'est plus surprenant, dans les galeries de peinture. De tous temps les artistes ont produit des images érotiques. J'ai déjà cité Rowlandson, Deveria, Geiger, Carraci, qui étaient tous des peintres "sérieux" qui ont, pour plusieurs, fait des carrières officielles. On pourrait ajouter à cette liste bien d'autres noms. Cette tradition a perduré au XX ème siècle. On sait comment Rodin, Dali, Picasso, Egon Schiele et bien d'autres contemporains ont produit des oeuvres érotiques qu'ils cachaient à peine. Les gravures érotiques de Picasso ont très tôt fait l'objet de publications. Ces images à fort contenu fantasmatique conservaient une dimension érotique et contestataire évidente : elles se heurtaient parfois, d'ailleurs, à la censure. Les très nombreux artistes qui utilisent aujourd'hui l'image pornographique le font dans un cadre tout différent. Ils ont pris acte de ce que ces images étaient omniprésentent et en font, en quelque sorte le sujet de leur travail. Loin de chercher à créer une excitation, ils la scrutent, la détournent ou l'utilisent comme un langage, chacun à sa manière, avec ses préoccupations.
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Aneta Mona Chisa et Lucia Tkacona
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Vito Acconci
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Dana Wyse
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Jenny Saville
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Si Larry Rivers utilise les pénis dans un esprit polémique, un peu à la manière des pornographes de 1789 dans America's n°1 problem, image qui montre deux pénis dressés dans une sorte de compétition à qui sera le plus long, Damien Hirst (Ho ho ho) utilise les codes de la publicité pour vider l'image érotique de tout contenu fantasmatique tandis que Jenny Saville tente, avec succès, de renverser l'effet des images pornographiques : loin du plaisir, c'est l'horreur qu'elle nous montre. Quand Dana Wyse s'amuse à déconstruire l'usage des images pornographiques des publicitaires et leurs réclames, Aneta Mona Chisa et Lucia Thacona montrent le ridicule des mises en scène érotiques tandis que Vito Acconci nous révèle, avec ses poupées gonflables peintes des couleurs les plus vives, l'érotisation croissante de notre environnement. Il ne s'agit plus, comme chez Rodin ou Picasso de travailler à l'éclosion du désir, mais bien de déconstruire cette pornographie qui a envahi notre environnement, de produire une analyse critique, souvent impitoyable de ces images qui sont tout autour de nous. Ces artistes nous disent ce que nous ne savons pas toujours : en se multipliant à l'infini, ces images ont changé de sens et si elles sont toujours pornographiques, ce n'est certainement plus de la manière dont on l'entendait du temps où la censure les protégeait. A force d'envahir notre quotidien, elles sont devenues profondément banales au point de ne (presque) plus choquer.
Mars 2009
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R.Muchembled, L'orgasme et l'occident, Paris, Seuil, 2005, p.167
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Voir sur cette question plusieurs études, notamment celle de Kelly Cue Davis & alii, Men’s Likelihood of Sexual Aggression: The Influence of Alcohol, Sexual Arousal, and Violent Pornography, AGGRESSIVE BEHAVIOR, Volume 32, pages 581–589 (2006). Cet article montre, de manière intéressante, que l'ivresse qui aveugle favorise le passage à l'acte. La pornographie seule ne suffirait donc pas à conduire au viol, mais associée à une consommation excessive d'alcool.
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On peut citer Jules Gay, auteur d'une bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage… publié en 1864, Fernand Drugeon, auteur d'un Catalogue des ouvrages, écrits et dessins de toute nature poursuivis, supprimés ou condamnés depuis le 21 Octobre 1814 jusqu'au 31 Juillet 1877 ou, plus près de nous, Pascal Pia, auteur en 1978 d'une nouvelle bibliographie : Les Livres de l'enfer, du XVIe siècle à nos jours, Fayard.
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Inventé ou retrouvé puisqu'il semble que ce mot qui désigne ceux qui écrivent (graphein) sur les prostituées (pornai) ait été pour la première fois utilisé par un grammairien grec, Athenaus, dont le livre, Les deipnosophistes, récit d'un dîner chez un riche romain qui contient de nombreux récits sur la prostitution dans l'antiquité susceptibles d'intéresser Restif de la Bretonne, avait été traduit en français en 1680.
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La différence entre érotisme et pornographie a fait couler beaucoup d'encre. Elle ne saurait être trouvée dans les contenus, mais dans le traitement social de ces contenus : est pornographique ce qui est interdit, censuré, condamné. Sont érotiques, les productions qui parlent de l'activité sexuelle et sont tolérées. La frontière se déplace naturellement constamment.
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Voir sur ce sujet, Patrick Cardon, Les enfants de Sodome à l'Assemblée, Questions de genre, 2005
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L'auteur de ce livre, un certain Marandier, dont la femme "ne fait que des pratiques en ville", d'après Les bordels de Paris (1790) aurait également écrit une Liste des cocus.
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En 1966, les juges américains devront reconnaitre que Fanny Hill, célèbre roman érotique anglais, ne comporte pas de mots grossiers.
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Faut-il en sourire et n'y voir que fantasme puritain? Ce n'est pas certain. Thomas Lequeur a montré, dans un livre sur l'histoire des genres (Making Sex: Body and Gender from the Greeks to Freud (1990) que c'est au XVIIIème siècle que la médecine a commencé à souligner les différences entre les sexes. Auparavant hommes et femmes étaient conçus comme des variations autour d'une même structure. C'est cette logique de la différence que ces médecins victoriens poussent à l'extrême. "In the 1700s and before, women were assumed to resemble men. Even their bodies - though of course less perfect – were thought to resemble men’s. Hence, women were assumed to be sensual and strong, to be nearly as independent after marriage as before. By 1788 this female being who had been defined chiefly as a lesser man had been redefined as a separate and oppositional being, by ‘nature’ chaste and domestic."
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Doppet est également l'auteur d'un catalogue des substances aphrodisiaques
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Cité par Jean-Louis Gueréna, Sous le manteau, les publications érotiques et pornographiques en Espagne à la fin du XIXe siècle et au début du XXè siècle. Marques et circuits de la clandestinité, CIREMIA, Université François Rabelais, Tours
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Essai sur l'historique de la lithographie, Paris, 1819
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volume 1, p.535
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cité par Alain Mothu in Bloch & alii, L'identification du texte clandestin au XII et XIIIè siècle, La lettre clandestine, n°7, p.95
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Julie Peakman, Mighty Lew Books, Plagrave Macmillan, 2003, p.35
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Voir sur ce sujet, l'article de Jean-Eudes Cordelier, La censure cinématographique en France et aux Etats-Unis
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Ce procès fera d'ailleurs l'objet d'une publication que l'on peut trouver ici : http://www.livres-chapitre.com/-E1T01Z/-GARCON-MAURICE/-L'AFFAIRE-SADE.-COMPTE-RENDU-EXACT-DU-PROCES-INTENTE-PAR-LE-MINISTERE-PUBLIC-AUX-EDITIONS-JEAN-JACQUES-PAUVERT.-CONTIENT-NOTAMMENT-LES-TEMOIGNAGES-DE-GEORGES-BATAILLE,-ANDRE-BRETON,-JEAN-COCTEAU,-JEAN-PAULHAN-ET-LE-TEXTE-INTEGRAL-DE-LA-PLAIDOIRIE-PRONOCEE.html
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Grodeck, Le livre du Ca, Gallimard, 1973, p.198
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Claude Conté, Le Réel et le Sexuel, de Freud à Lacan. Paris, Point Hors Ligne, 1992, p. 86-87. cité par Laura Wojazer, La pornographie, quelle horreur! ou comment pornographie et horreur s'interpénètrent, revue silene, mai 2006
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Cette complicité est en réalité plus ancienne comme le montre Tom Reichert in Sex in advertising research: A review of content, effects, and functions of sexual information in consumer advertising, article publié en 2002 dans lequel il cite également de nombreuses études qui analysent pourquoi les publicitaires utilisent autant d'images à connotation érotique.
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Dans sa thèse sur le rôle et l'importance des processus de renforcement dans l'apprentissage des comportements de reproduction chez l'homme
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dans "L'imaginaire érotique de la femme" in André Bergeron, Jean-Pierre Trempe, Sexologie: Perspective Acutelles
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Il est amusant de voir la similarité des arguments. Un film anti-pornographie réalisé aux Etats-Unis en 1964 développe exactement les arguments que l'on entend aujourd'hui à deux nuances près : l'homosexualité est traitée comme une perversion et les pornographes sont accusés de rouler pour le communisme. On peut consulter ce film ici : http://www.archive.org/details/Perversi1965
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Sur leurs positions, voir l'interview de Catharine Mac Kinnon à http://www.pbs.org/thinktank/transcript215.html
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Ce sont les auteurs américains que l'on cite le plus souvent lorsque l'on traite de ces questions, mais un débat contemporain eut lieu en France à la même époque, comme en témoigne cet échange entre Sylvia Bourdon actrice porno alors célèbre et une psychologue, Béatrice Sabran, aux dossiers de l'écran en 1981 : http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=I00010006. La suite de cette émission n'est pas moins intéressante puisque l'on y voit Béatrice Sabran arrachée, par son mari, à cette "assemblée de pornographes."
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On pense, par exemple, en France aux travaux de Ruwen Ogien, auteur de Penser la pornographie (PUF, 2003, qui avoue se "sentir comme un intrus" dans un débat qui "reste plutôt la propriété intellectuelle de celles qui se sont engagées dans ces luttes."
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Comme le suggérait Alexandrian dans son Histoire de la littérature érotique pour expliquer l'entrée tardive des femmes dans ce domaine.
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Voir là-dessus l'article de Susasn Dominus, What women want do watch, The New-York-Times, 29 aout 2004.
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Chyng Sung & alii, A Comparison of Male and Female Directors in Pornography: What Happens When Women Are at the Helm?, Pyschology of Women Quaterly. Disponible à cette adresse : http://www.allacademic.com//meta/p_mla_apa_research_citation/1/7/2/3/8/pages172388/p172388-1.php
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Il reste quelques exceptions. L'utilisation de la bande dessinée, comme dans ce Loveblog ou celle de la webcam peut donner lieu à des sketches amusants, comme celui-ci
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Cette tension entre le sauvage et le sublimé explique que le tableau de Courbet, la création du monde, ait fait l'objet de censure dans une exposition consacrée à l'art érotique : sans doute n'avait-il pas sa place dans un lieu consacré à des images de corps sublimés, apprétés, construits selon des normes de l'érotisme (bas, lingerie, corps impeccables…).
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Sur ces pratiques et leur perception par les femmes, voir Didier Le Gall, Sylvie Bigot, Représentations féminines de quelques pratiques sexuelles in Didier Le Gall, Genres de vie et intimités,
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Dana Berkowitz, Consuming eroticism, Journal of Contemporary Ethnography, Vol. 35, No. 5, 583-606 (2006)
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C'est ce qui ressort d'études sur les comportements des nordiques, notamment des norvégiens, mais ces résultats peuvent être étendus à d'autres cultures (Andreas Philaterou & alii, Use of internet and men's well-being, International Journal of Well-being, été 2005)
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L'auteur d'une étude française sur l'échangisme a, de la même manière, observé qu'une "part non négligeable de la population et des responsables d’établissements affiche des sympathies liées à l’extrême droite." Daniel Welzer-lang, L’echangisme : une multisexualité commerciale à forte domination masculine, Sociétés contemporaines, 2001.
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Kirk Doran, The economics of pornography, 2008
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C'est ce que suggère cet article : Quand Facebook vire au porno (http://www.lenouvelliste.ch/fr/news/valais/quand-facebook-vire-au-porno_9-134667#comments)
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Elizabeth Landau, When sex becomes an addiction, CNN, 2008
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Voir Jean-Louis Boucarut, Instructions historiques et théologiques sur les sacrements, Nimes, 1858