Comment utilise-t-on aujourd'hui internet dans les entreprises

 

Nous parlons ce matin díInternet. et vous avez choisi de nous dire un mot de la manière dont il est effectivement utilisé dans les entreprises.
Cíest cela. On parle beaucoup díInternet, les grands quotidiens consacrent régulièrement des dossiers au sujet. Et je ne voulais pas revenir sur ce que líon peut lire ailleurs. Je me suis donc posé une question : comment líutilise-t-on effectivement ? Ce qui mía amené à réfléchir à la pénétration des nouvelles technologies dans nos sociétés.
Commençons donc par cette question : comment utilise-t-on aujourdíhui Internet dans les entreprises ?
De plusieurs manières.  Ce qui me frappe, cíest líespèce de paradoxe dans lequel nous sommes. Díun coté, on a envie de dire, " mais vous rêvez, on ne líutilise pas tant que cela ". Souvenez-vous, il y a une quinzaine de jours, revenant des Etats-Unis, je vous disais quíon ne voyait pas trace díInternet dans la vie courante. Et de líautre, lorsque líon regarde ce que líon fait au quotidien, on découvre quíil est devenu un outil banal. Il ne se passe pas de jours sans que je líutilise plusieurs fois.
Mais à quoi ?
A envoyer des e-mails, des messages électroniques, à transférer des fichiers, à consulter de la documentationÖ
Mais peut-être êtes vous un cas particulierÖ
Mais non. Regardez les cartes de visite que líon vous donne. On níen trouve plus sans une adresse e-mail. Même les enfants en ont. Dans la dernière réunion de parents díélèves à laquelle jíai assisté, on ne parlait que de cela, au point quíun des professeurs a dit : " tous les professeurs níen sont pas encore équipés. " Cíétait le professeur de latin.  La pénétration de ces outils dans les milieux professionnels est telle que líon passera bientôt pour dépassé, pas dans le coup si on nía pas son adresse électronique.
Ce níest pas vrai de tous les milieux.
Cíest vrai de beaucoup de milieux. De tous ceux qui utilisent des informations électroniques, qui travaillent avec des ordinateurs de manière courante. Le Moniteur qui est, vous le savez, le grand journal des travaux publics et du bâtiment a lancé une grande enquête sur la pénétration de ce quíil appelle líe-économie dans le bâtiment, avec un sondage de BVA réalisé auprès de 2000 professionnels du secteur. Jíai choisi cet exemple parce que le bâtiment et les travaux publics appartiennent vraiment à ce que líon appelle la " vieille économie ". Or, cette enquête montre que même dans ce milieu on utilise abondamment ces outils. Vous voulez quelques chiffres ?
Quelques uns, peut-être, mais pas trop.
En voici deux :
- 90% des acteurs de la filière construction utilisent Internet pour partager des données avec leurs partenaires de chantiers,
- près de 60% des maîtres díouvrage, des maîtres díúuvre et des entreprises de BTP se connectent chaque jour à líInternet.
Mais alors comment expliquer ce paradoxe que vous signaliez au début de notre entretien ?
Cela vient, je crois, díun décalage entre les possibilités de líoutil que líon nous décrit à líenvie dans les articles de journaux et que líon ne met pas en úuvre et ses applications concrètes qui sont souvent banales et sans grand intérêt. Le transfert de fichier à travers Internet est extrêmement utile, mais cela ne mérite pas de grands développements. Il níy a pas grand chose  en dire.
Comment faisait-on avant ?
On bricolait. Et cíest ce qui explique le succès díInternet dans ces applications. Il ne modifie pas profondément nos comportements, nos manières de faire, il les facilite. Plutôt que de faire une copie díune disquette que líon envoie par la poste, que líon donne à un collègue ou que líon confie à un coursier, on envoie un fichier. Cíest la même chose en beaucoup plus simple, en beaucoup plus rapide.
On ne peut pas dire cela de tout, pas de la messagerie électronique ?
Mais si. A quoi sert la messagerie électronique ? à envoyer des fichiers, des textes, des images. En cela, elle remplace la disquette dont je parlais à líinstant et le fax. Plus besoin de síennuyer à imprimer un fax quand on peut envoyer automatiquement un fichier. Elle se substitue à des technologies existantes moins commodes, cíest ce qui explique son succès. Mais en même temps, elle nous permet de développer de nouvelles manières de communiquer. Plutôt que de téléphoner, on envoie un mail. Ca va plus vite et on nía pas le problème de gérer les absences, les attentes, les conversations oiseusesÖ
Ce níest donc pas une révolution ?
Non, et cíest pour cela que la pénétration síest faite aussi vite.
Il y a díautres applications plus originales. Je pense à la documentation en ligne. Beaucoup díentreprises ont mis des informations en ligne, souvent des informations commerciales qui existaient déjà auparavant mais quíon avait souvent du mal à trouver, à mettre à jour. Elles sont accessibles. Cela fait gagner du temps. Et plutôt que de demander à une secrétaire de rechercher des informations dans une documentation plus ou moins bien mise à jour, on va voir sur le net. On gagne beaucoup de temps et on a souvent une  information plus riche, plus originale. Je vais prendre un exemple, vous cherchez un produit technique, un logiciel, par exemple. Vous avez le nom díune entreprise. Vous interrogez avec ce nom. Vous allez trouver son site sur lequel vous allez avoir des informations sur ses produits, mais aussi peut-être díautres sites sur lequel on va vous donner le nom de concurrents qui sont susceptibles de vous intéresser.
Mais vous voyez, même cela, ce níest pas original.
Le commerce électronique est plus originalÖ
Certainement. Mais cíest aussi plus difficile à mettre en úuvre. Il y a des tentatives. Plus de 1000 professionnels du bâtiment ont mis leurs catalogues en ligne. Cíest le premier pas vers le commerce électronique, mais cela ne suffit pas.
Quíest-ce qui manque ?
Mais cíest la possibilité de payer. On ne peut pas acheter quelque chose dans une entreprise sans respecter toute une procédure. Il y a des règles de facturation, de paiement, des contrôlesÖ or tout cela síoppose au développement du commerce électronique. Si líon veut payer sur le web, il faut utiliser une carte bancaire or combien de salariés ont des cartes fournies par líentreprise ? très peu.
Mais on peut imaginer des mécanismes pour échapper à tout cela. Des abonnements, par exempleÖ
Bien sûr, mais vous avez employé le bon mot : " imaginer ", il faut " imaginer ". Ce níest pas difficile, mais il faut le faire, il faut le mettre en place, réinventer de nouveaux moyens de contrôle et tout cela prendra beaucoup de temps.
Il est probable quíon verra se mettre en place díautres applications avant le commerce électronique.
A quoi pensez-vous ?
A plusieurs choses :
- à la formation en ligne : plutôt que díassister à une conférence ou à un cours vous allez sur le net ou vous trouvez ce que vous souhaitez. Plusieurs expériences sont actuellement en cours chez des spécialistes de la formation et de la conférence , comme la Cegos ou EFE ;
- à la gestion de projet en ligne : lorsque líon travaille sur un projet complexe, comme la construction díun bâtiment, on a une multitude de documents que líon doit partager avec des partenaires, des fournisseurs, des sous-traitants, on doit gérer des calendriers, des planningsÖ on imagine bien que tout cela puisse être porté sur Internet. On trouve sur le net des outils, je pense notamment aux calendriers collectifs qui annoncent ce que seront ces applications ;
- à la décentralisation de líinformation et de la communication : lorsquíun salarié veut des informations, il doit aujourdíhui síadresser à la direction des ressources humaines, il ne trouve pas forcément le bon interlocuteur et celui-ci nía pas forcément líinformation quíil recherche. Dans la mesure où 80% des questions portent sur un nombre limité de questions (jours de congé qui restent à prendre, dates des pontsÖ), on voit se développer des intranets qui donnent tout cela sans difficultésÖ
Et pourquoi ces applications devraient-elles síimposer plus vite que le commerce électronique ?
Parce quíil devrait y avoir moins de résistances à leur généralisation. Le problème du commerce électronique est quíil vient se substituer à des techniques dans lesquelles on a beaucoup investi et qui donnent satisfaction. On ne peut pas dire cela de la gestion de projet qui reste une activité largement artisanale où chacun tente de bricoler des solutions plus ou moins efficaces.
Les technologies nouvelles síimposent là où elles apportent une solution élégante à des problèmes que líon a bien identifiés. Je me souviens de líarrivée du traitement de texte dans les bureaux. Pourquoi a-t-il aussi vite réussi ? tout simplement parce quíil est venu automatiser ce que líon faisait depuis des années à la main avec du blanc, des paires de ciseau et de la colle. On bricolait, la technologie a apporté une solution plus efficace. Il níy a pas eu de résistances.
Mais dans ces cas, peut-on attendre des gains de productivité massifs, comme nous le disent les journaux ?
Sans doute, mais ils seront probablement invisibles. Je veux dire par là quíon ne síen rendra pas compte. Je vais reprendre líexemple de líinformation que líon met à la disposition du salarié. Rechercher cette information est aujourdíhui, dans beaucoup díentreprises, relativement compliqué. Beaucoup de gens abandonnent en cours de route ou se contentent de glaner des renseignements auprès de leurs collègues. Avec Internet, ces salariés auront leur information. Il y a donc un gain, mais qui ne se traduira pas par une amélioration de la productivité. Prenons maintenant ceux qui réussissent à obtenir le renseignement :ils ont téléphoné au service des  ressources humaines, ils ont dérangé un employé qui a dû interrompre son travail pour leur répondre. Demain ce ne sera plus le cas. Est-ce que pour autant, on aura gagné en productivité ? non. Par contre cet employé níaura pas eu à interrompre plusieurs fois dans la journée son travail. Elle sera moins stressée, moins fatiguée à la fin de la journée.
Les gains sont multiples mais ne se traduisent pas forcément en gains de productivité. Au moins au  débutÖ
Ensuite, il peut en aller autrement ?
Il peut en aller autrement si on adapte líorganisation à ces nouveaux outils. Cela se fera certainement, mais pas tout de suite, cela prend du tempsÖ Cíest ce qui explique un phénomène que les économistes connaissent bien et quíils appellent le " paradoxe de la productivité " quíon peut résumer ainsi : pendant des années les économies des pays industrialisés et, notamment, des Etats-Unis ont investi massivement dans líinformatique et, cependant, les statistiques économiques níont pas mis en évidence de gains massifs de la productivitéÖ
Et cela síexplique ?
Oui, mais je vous en parlerai plus en détail la semaine prochaine, si vous le souhaitez.
 

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