Le chômage aux Etats-Unis

(Chronique du 16/5/2000)

Bonjour, de quoi allez-vous donc nous parler aujourd’hui ?

Du chômage aux Etats-Unis et je vais le faire en m’appuyant sur un article que viennent de publier deux économistes américains, deux spécialistes du marché du travail : Alan Krueger et Lawrence Katz.

Je ne connais pas…

Ce n’est pas surprenant. Ce sont des universitaires, des gens connus, sérieux : Alan Krueger enseigne à Princeton et Lawrence Katz à Harvard. A.Krueger a défrayé la chronique, il y a deux ans, en publiant un livre dans lequel il montre que le salaire n’est pas forcément responsable du chômage des travailleurs peu qualifiés, ce qui était un peu une révolution pour les économistes qui ont tendance à penser que le salaire minimum est un source de chômage

L’idée est un peu étrange…

Elle est certainement très contestable, mais le raisonnement est simple : le salaire minimum impose de payer les travailleurs sans qualification au-dessus de leur valeur réelle. Plutôt que de payer trop cher des travailleurs, les employeurs achètent des machines qui les remplacent, d’où du chômage.

Mais revenons à Krueger et Katz.

Ils ont eu la curiosité d’aller voir au-delà des explications courantes, celles qu’on lit dans la presse, celle aussi que donnent la plupart des économistes qui reposent sur deux facteurs :

Ce qui paraît logique…

Oui, bien sûr. Au moins à première vue. Parce que quand on entre plus dans le détail, c’est moins convaincant. Prenez, par exemple, les nouvelles technologies. On en parle beaucoup, mais que représentent-elles en termes d’emploi ? Les fournisseurs de nouvelles technologies passent leur vie à expliquer qu’Internet, l’informatique améliorent la productivité. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours vrai et nous y reviendrons dans une prochaine chronique, mais si c’est le cas, elles détruisent des emplois. Pour faire un bilan, il faudrait donc compenser les emplois créés par ceux détruits.

Peut-être en créent-elles plus qu’elles n’en diminuent ?

C’est, bien sûr, une hypothèse. Mais il y a plus troublant : ce recul du chômage s’accompagne d’une stabilisation de l’inflation à un niveau extrêmement bas. Or, c’est en général le contraire qui se produit : lorsque le chômage recule, l’inflation monte tout naturellement : les salariés qui trouvent plus facilement du travail demandent et obtiennent des augmentations que les entreprises transfèrent dans leurs prix. Or, ce n’est pas ce qui s’est produit ces dernières années, pas plus aux Etats-Unis qu’ailleurs en Europe. On a eu le beurre et l’argent du beurre, le recul du chômage et le recul de l’inflation.

Si j’ai bien compris, c’est un paradoxe.

Tout à fait. Et c’est justement ce qui a suscité la curiosité de Katz et Krueger, comme celle, d’ailleurs, de beaucoup d’autres économistes.

On pourrait expliquer ce paradoxe de plusieurs manières :

Et que disent-ils ?

Ils se sont posé des questions relativement simples et ils ont cherché à leur apporter des réponses en travaillant sur les chiffres et les données :

Tout cela explique le recul du chômage, mais pas celui de l’inflation…

Ils ont poursuivi leur réflexion en se demandant si certaines des transformations du marché du travail n’avaient pas eu pour effet de freiner la croissance des salaires. Et là encore, ils se sont posé des questions relativement simples :

Je ne donne naturellement que le squelette de leur argumentation, leur article fait 90 pages et il est plein de chiffres et de données…

Est-ce que cela est transposable en France ?

En partie sans doute, mais en partie seulement. L’impact de l’incarcération sur les chiffres du chômage n’est certainement pas du même ordre en France qu’aux Etats-Unis. Mais on peut retenir deux choses de leur raisonnement :

A quoi pensez-vous ?

Aux 35 heures par exemple, mais on y reviendra tout à l’heure…

Est-ce qu’on peut se procurer cet article ?


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