La cagnotte

Emission du 15/2/00

De très nombreux sujets

L’économie est vraiment l’un des principaux producteurs d’information. Elle fait concurrence à la justice et au spectacle dans la production d’informations.

J’avais cette semaine le choix entre : Internet, la net économie et les pirates, les fusions massives, la cagnotte. J’ai choisi cette dernière parce que nous aurons mille fois l’occasion de revenir sur les deux autres sujets.

Le mot cagnotte, le concept

Il fait un peu Harpagon, on pense à l’avare de Molière et à sa cassette. On a d’ailleurs dit que le gouvernement s’était, en l’affaire, comporté de manière un peu pingre.

Ce n’est pas un très bon mot, il suggère que l’on cache de l’argent, que l’on a des réserves dissimulées. Or ce n’est pas cela.

Ce que l’on appelle cagnotte est, en fait, l’excédent de recettes fiscales constatées par rapport à des prévisions budgétaires initiales.

S’il y a cagnotte, c’est que le gouvernement s’est trompé dans ses prévisions. Souvenez-vous, on avait, il y a quelques mois un débat sur la croissance. C’était l’époque où Dominique Strauss-Kahn parlait, à propos de la crise asiatique, de trou d’air pour signifier que la croissance n’en souffrirait pas.

Ceux qui aujourd’hui lui reprochent cette cagnotte sont les mêmes qui hier lui reprochaient d’être trop optimiste dans ses prévisions.

Ce phénomène est donc quelque chose que l’on rencontre régulièrement. La semaine dernière Xavier Greffe rappelait dans le Monde que dans les années 60, les cagnottes étaient structurelles : les gouvernements avaient tendance à sous-estimer la croissance pour freiner l’inflation.

Une hésitation sur les montants

Ce qui, dans ce cas, a frappé les esprits, c’est l’hésitation sur les montants. En octobre dernier, Philippe Auberger, un député RPR parlait déjà d’un surplus de 30 à 40 milliards, il avait été relayé par Jacques Chirac.

La presse s’en est mêlée. Le Monde s’est pris les pieds dans les calculs. Le gouvernement a enfin donné un chiffre, 30,7 milliards de francs, aussitôt contesté par le Figaro.

D’où vient ce surplus ?

Il est le fruit de la croissance : quand les entreprises font plus de bénéfices, elles paient plus d’impôts. L’essentiel des 30 , 7 milliards viennent de l’impôt sur la société ;

Mais il vient également de la baisse de la charge de la dette qui a représenté cette année 9 , 5 milliards,

D’où, d’ailleurs, les hésitations sur les calculs et les chiffres du Figaro.

Une bonne nouvelle

On peut reprocher au gouvernement d’avoir mal communiqué, mais pour le reste c’est plutôt une bonne nouvelle. Et si l’on se bat, c’est pour savoir comment la distribuer. Chacun a des idées sur ce qu’il faut faire.

Des arbitrages

Le gouvernement doit dans sa décision prendre en compte plusieurs paramètres : Son intérêt politique, l’impact sur l’avenir, l’impact économique

Les solutions

On a parlé de :

- Baisse des impôts sur le revenu : c’est la solution qu’ont proposé plusieurs députés à droite. C’est celle qui aurait la préférence des français d’après un récent sondage. Ses partisans font valoir qu’un niveau d’imposition trop élevé réduit les efforts des salariés. C’est une mesure qui présente cependant un grave défaut pour un gouvernement de gauche : elle ne toucherait pas les classes populaires qui ne paient pas l’impôts sur le revenu.

- Suppression de la taxe d’habitation : une solution dont on parle beaucoup tant à gauche qu’à droite, mais qui a des opposants dans les deux camps. La taxe d’habitation est très injuste. Elle concerne tout le monde. Ce qui militerait en faveur de sa réduction ou de sa disparition, mais elle sert à financer les collectivités locales. La réduire ou la supprimer irait donc contre l’esprit de la décentralisation, ce serait donner au pouvoir central plus de poids et de cela, beaucoup d’élus ne veulent pas.

- La baisse ou la suppression de la vignette automobile se heurte un peu à la même difficulté : l’argent est collecté par les départements qui ne veulent pas perdre la poule aux œufs d’or. cet impôt est pourtant un peu absurde, sa suppression ne pourrait qu’être un pas vers la modernisation de la politique fiscale.

- Baisse de la CSG : c’est un impôt qui touche tout le monde, qui pèse d’un poids de plus en plus lourd. Mais est-ce que cela aurait un sens de le diminuer alors que les personnels hospitaliers protestent contre le manque de moyens ?

- Baisse de la TVA : c’est un autre thème qui a été abordé. Une baisse d’un point de la TVA représente à peu près 30 milliards de francs. On est donc bien dans l’épure. Mais qui s’en rendra compte ? L’impact politique peut être très faible, surtout si les entreprises en profitent pour renforcer leurs marges : ce pourrait être pour elle une manière d’effacer une partie du surcoût lié aux 35 heures.

- Augmentation des minima sociaux : c’est la proposition du PC et des écologistes. On répondrait ainsi aux attentes des plus défavorisés, mais cette solution se heurte à une vraie difficulté : les économistes sont très sceptiques sur l’efficacité d’une augmentation des minima sociaux. Ils craignent ce qu’ils appellent des effets de " désincitation " : les salariés préférant rester au RMI plutôt que de travailler si l’écart entre RMI et SMIC est très faible.

- Baisse du déficit : c’est la solution préférée des banquiers. C’est celle que propose Jean-Claude Trichet. Le raisonnement est simple : moins de déficit = moins de dettes = moins de remboursements d’emprunts = + d’argent à consacrer aux grandes fonctions de l’Etat. l’inconvénient est qu’il faut attendre, ce qui ne va pas avec le calendrier politique.

- Suppression de l’impôt sur la télévision : le premier a un grand avantage, il représente à peu près le montant de la cagnotte, il touche tout le monde : 95% des foyers ont une télévision. Les seules à ne pas en profiter seraient ceux qui trichent et ne paient pas cet impôt, mais personne n’ira les plaindre. C’est donc une bonne solution qui se heurte cependant à deux difficultés : les résistances des gens de l’audiovisuel qui pourraient craindre de voir disparaître une de leurs sources de financement et les résistances des 1400 fonctionnaires des impôts chargés de le collecter.

Vous le voyez : tout le monde parle de baisser les impôts mais lorsque l’on veut le faire, ce n’est pas si simple.

Question 1 : que va faire le gouvernement ?

Le surplus a été affecté en 1999 à la réduction des déficits. La question se pose pour le surplus de l’an 2000.

Il va convoquer un collectif budgétaire au printemps. Il va probablement faire une espèce de cocktail avec une part importante pour réduire les déficits.

Question 2 : est-ce que cette discussion peut avoir un impact sur les comportements des agents économiques ?

Bien sûr. Cagnotte est synonyme de bonne santé, c’est un signe tangible du retour de la croissance, c’est l’annonce d’une réduction à terme, et de quelque manière que l’on s’y prenne des impôts.

C’est également un rappel de la fragilité de tout ce qui est prévision. On critique beaucoup le gouvernement pour ses erreurs, mais peut-être a-t-on commis des erreurs ailleurs : peut-être s’est ont également trompé dans les prévisions sur les retraites. Comme le disait Claudel, qui n’était pas seulement un poète, le pire n’est pas toujours sûr.

 


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