L'actionnariat salarié améliore-t-il les performances de l'entreprise

On a beaucoup parlé cette semaine des stock-options

On a surtout parlé de leur fiscalité.

Ce qui est étonnant : autant que je sache, cela ne concerne pas grand monde

C'est vrai. On peut s'étonner qu'une mesure somme aussi technique, qui concerne aussi peu de gens, ait fait tant de bruit.

On en a autant parlé à cause de la portée symbolique de l'opération. Il faut dire que le sujet n'est pas très facile pour un gouvernement de gauche, puisque la question à laquelle il fallait répondre est la suivante : faut-il alléger ou, au contraire, alourdir la fiscalité de mécanismes qui permettent à certains de s'enrichir très rapidement ?

Un gouvernement de gauche ne peut alléger cette fiscalité que si ces stock-options facilitent la création d'emploi, aident à la croissance, évitent le départ à l'étranger d'ingénieurs… Or, rien de tout cela n'est très évident.

D'où viennent ces stock-options? On n'en parlait pas autrefois…

Leur développement est directement lié à la révolte des actionnaires de la fin des années 70. A ce moment là, les actionnaires ont découvert que les managers s'intéressaient plus à leur propre sort qu'à celui des propriétaires des entreprises que sont, au moins en théorie, les actionnaires.

C'était l'époque où l'on parlait de technostructure, où Galbraith expliquait que le management était moins intéressé par l'argent que par le pouvoir.

C'était également une époque où la Bourse n'était pas très en forme.

Les actionnaires ont cherché le moyen de lier les revenus des dirigeants aux cours de la Bourse. Et c'est à ce moment là qu'ils ont développé tous ces outils qui récompensent l'augmentation des cours. On vous donne des actions ou bien on vous donne le droit d'acheter, à une date donnée, des actions à un prix fixé d'avance. Si le cours est à cette date supérieur au prix, vous gagnez la différence…

Naturellement, cela incite les dirigeants à prendre des mesures qui favorisent l'augmentation des cours. Et cela marche.

Pourquoi alors tant d'oppositions?

Parce que les stock-options ne concernent que quelques salariés, les dirigeants auxquels elles permettent de s'enrichir.

On voit pourtant des salariés qui ne sont pas dirigeants en profiter

Dans un certain nombre de cas, on donne effectivement aux salariés des actions, ou on lui donne la possibilité d'en acheter. Ce ne sont pas des stock-options au sens propre, mais cela s'en rapproche. On rencontre cela dans un certain nombre de cas :

Cela peut faire beaucoup de monde…

Sur tous ces sujets, la France parait en retard

Pas du tout. La France est sans doute le pays dans lequel il y a le plus de salariés dont une part des revenus est liée aux résultats de l'entreprise. grâce à la participation gaulliste, grâce à l'intéressement.

Toutes les privatisations se sont faites avec distribution d'actions aux salariés.

Pourquoi y a-t-il donc tant d'oppositions?

D'abord sans doute parce que c'est un facteur d'inégalité. Les stock-options et tous les mécanismes d'actionnariat salarié permettent à quelques uns de s'enrichir sans améliorer le sort de la grande majorité.

Ensuite, parce que cela ne peut vraiment concerner que les entreprises cotées à la bourse, or elles ne sont qu'une infime minorité. Qui des salariés des autres entreprises. On peut construire des plans, on le fait, d'ailleurs, mais c'est beaucoup plus complexe.

Enfin, et peut-être même surtout, parce que beaucoup de gens y voient un moyen de financer les retraites par la capitalisation. Or, les syndicats sont très attachés à la retraite par répartition.

J'ajouterai qu'il faut se méfier des dérives. Il y en a plusieurs :

Est-ce que c'est une bonne chose du point de vue de l'entreprise?

C'est une question que l'on ne se pose pas souvent, c'est cependant une question clef.

Tous les chefs d'entreprise qui ont fait l'expérience de l'actionnariat salarié assurent que cela améliore la productivité de leurs salariés. Et, cependant, on ne voit pas pourquoi ce serait le cas. Prenez le salarié qui a des actions de son entreprise. Il sait bien que ses efforts ne vont pas changer grand chose au cours de l'action. Qu'il travaille comme une brute ou qu'il tire au flanc ne changera pas grand chose. Il y a donc de fortes chances qu'il se comporte comme ce que les économistes appellent un passager clandestin, c'est-à-dire comme quelqu'un qui profite des résultats obtenus collectivement sans faire d'effort personnel.

Seulement, si tous les salariés se comportaient de cette manière là, les résultats de l'entreprise finiraient par s'en ressentir. Et donc les cours. Si les marchés, les actionnaires sont si favorables à ces stock-options et à tous ces mécanismes d'actionnariat salarié c'est, je crois, pour un tout autre motif.

Les actionnaires qui achètent une action s'intéressent à son cours futur. Ils veulent voir ses dirigeants prendre des mesures qui améliorent les résultats, les bénéfices… Or, les dirigeants, les managers n'ont pas forcément intérêt à prendre ces mesures. Imaginez qu'un dirigeant dise : pour améliorer mes résultats, je dois fermer une usine. Le patron de l'usine que l'on va fermer va tout faire pour empêcher cette fermeture. Surtout s'il est à quelques années de la retraite : il a envie de terminer sa carrière dans le confort. S'il ne touche qu'un salaire, il va tout faire pour empêcher ce changement.

Imaginez maintenant qu'on lui donne des actions. Si leur cours monte, il peut s'enrichir. Il peut donc hésiter entre le confort que lui donne la situation actuelle et l'amélioration de son capital qu'il peut espérer attendre d'une montée du cours de la bourse. Il peut même se dire : grâce à cette remontée des cours de la bourse, je vais pouvoir partir plus tôt à la retraite, comme cela je n'aurai pas à souffrir d'un changement qui me déplait.

Tous ces mécanismes peuvent en fait aider les entreprises à lever cet obstacle au changement que représente le management.

Ce qui suppose que les actionnaires connaissent mieux ce qui est bon pour l'entreprise que ses dirigeants?

Oui, et ce n'est, bien sûr, pas toujours le cas. Les actionnaires connaissent mal l'entreprise dans laquelle ils ont investi, ce ne sont pas des professionnels du management. Ils sont moutonniers. Si une entreprise a réussi en rachetant des concurrents, ils voudront que toutes rachètent des concurrents. Mais ils ont deux avantages : ils recherchent la croissance et ils veulent des stratégies claires. Or, ces deux facteurs sont plutôt favorables à la bonne santé de l'entreprise.


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