Les syndicats dans l’actualité

Tombeur de ministres et de réformes, négociateurs des retraites… ils ont multiplié ces dernières semaines les victoires, mais je me demande s’il en s’agit pas, en définitive, de victoires à la Pyrrhus.

Pourquoi ?

Pour deux motifs :

1/ Les français souhaitent les réformes que les syndicats bloquent :

Allègre était populaire auprès des parents d’élèves qui se reconnaissaient dans ce qu’il disait.

La réforme de Bercy était souhaitée par à peu près tout le monde.

Les 40 ans de cotisation pour les fonctionnaires paraissent équitables à tout le monde et, d’abord, à tous ceux qui ne sont pas fonctionnaires.

Il y avait hier dans Libération un sondage qui le montrait clairement :

2/ Les syndicats sont à la croisée des chemins

Les 35 heures leur ont donné la possibilité de se refaire une santé dans le monde du privé, mais la défense des avantages acquis des salariés de la fonction publique qui passent pour des privilèges aux yeux de beaucoup n’est pas forcément le meilleur moyen de gagner en popularité auprès des salariés du privé.

Ils sont confrontés à un choix stratégique difficile que l’on peut résumer ainsi :

La décision est d’autant plus difficile à prendre que les syndicats sont aujourd’hui très faibles dans le secteur privé.

Pourquoi les syndicats sont-ils si faibles ?

La faiblesse du syndicalisme est particulièrement marquée en France, mais elle est générale dans tous les pays industrialisés. Partout, les chiffres des adhésions ont diminué. Au point que des spécialistes ont pu parler de la fin des syndicats. C’est le titre d’un livre de Dominique Labbe et Maurice Croisat.

Plusieurs motifs peuvent être avancés :

Résultat : les syndicats sont restés puissants dans les seuls secteurs dans lesquels ils pouvaient bénéficier d’une position de force que leur donnait un monopole : la SNCF, la RATP, la fonction publique… Lorsque l’on peut arrêter tout Paris en cessant de travailler, on a un pouvoir de levier considérable. Les économistes parlent de rente pour décrire ce qui se passe.

Mais, du coût, les syndicats ont négligé les autres travailleurs, notamment les chômeurs, laissant ainsi la place à d’autres mouvements plus attentifs aux évolutions de la société. Je pense à Sud.

Pourquoi les syndicats ont-ils aujourd’hui une chance dans le privé ?

A cause des 35 heures. les deux lois Aubry ont donné aux syndicats du grain à moudre, comme disait André Bergeron, l’ancien patron de FO. Les entreprises qui voulaient bénéficier des aides publiques, pratiquer la modulation devaient signer des accords avec des organisations syndicales ou des salariés mandatés par celles-ci.

Et de fait, les grandes organisations syndicales en ont profité. On a vu se créer de nombreuses sections syndicales dans des entreprises où il n’y en avait jamais eu.

Des secteurs qui ne connaissaient pas le syndicalisme l’ont découvert. Je pense à l’informatique.

Les cadres mêmes ont été touchés.

Est-ce un mouvement fait pour durer ?

C’est toute la question.

Il y a des signes prometteurs :

Les cadres peuvent-ils devenir terre de mission du syndicalisme ?

Ce n’est pas impossible. Les directions générales ne font plus autant confiance, leurs conditions de travail sont très proches de celles des employés, on les licencie presque aussi facilement.

Mais les cadres ne se syndiqueront que si les syndicats réussissent à développer d’autres stratégies que celles développées dans le secteur public. Des salariés du privé ne peuvent pas se comporter comme certains salariés du secteur public parce qu’ils savent que cela entraînerait la disparition de leur emploi.

Est-ce qu’il faut souhaiter le retour du syndicalisme dans le privé ?

Pour les salariés, certainement : là où il y a des syndicats, il y a en général de meilleures conditions de travail, des salaires plus importants.


  • Retour à la page d'accueil