Bernard Girard
chronique du 11/1212007
Les mesures pour le pouvoir d'achat
 
 
Bonjour, vous avez choisi de nous parler ce matin du pouvoir d'achat et des mesures annoncées par Nicolas Sarkozy lors de son intervention à la télévision.
Oui. Vous savez que c'est le premier souci des Français et que Nicolas Sarkozy a annoncé plusieurs mesures dont quatre vont faire l'objet d'un projet de loi présenté demain en conseil des ministres. Ces mesures seront, d'après ce que l'on nous a dit, rétroactives au 1er janvier 2008, ce qui laisse au gouvernement une certaine marge de manoeuvre au Parlement puisqu'il lui faut un peu de temps pour que l'on discute de ces questions à l'Assemblée et au Sénat.
Vous pouvez nous rappeler ces mesures?
Ce sont le déblocage de la participation, la détaxation d'une prime de 1.000 euros dans les entreprises de moins de 50 salariés, le rachat des jours de RTT et l'indexation des loyers sur les prix. Toutes ces mesures ont été bien accueillie par l'opinion si j'en juge par les derniers sondages. Mais avant d'aller plus loin, je voudrais tout de même signaler ce que ces mesures ont de nouveau et d'original. Quand traditionnellement, on veut augmenter le pouvoir d'achat on négocie des augmentations de salaires, des augmentations du Smic, du salaire minimum...
On n'en parle absolument pas là...
Non. Ce n'est d'ailleurs pas très surprenant puisque Nicolas Sarkozy s'était opposé à un coup de pouce sur le Smic en juillet dernier. Mais ce qui me frappe c'est que personne ne s'en offusque vraiment. Lors de la dernière campagne présidentielle, Laurent Fabius avait proposé de faire passer le Smic à 1500 euros en 5 ans. Personne n'a repris cette proposition. J'ai l'impression que même au PS, on l'a oubliée. Ce qui veut probablement dire que le salaire minimum n'est plus l'outil de régulation des rémunérations qu'il a été pendant des années. Et que tout le monde en a pris acte.
Reste à savoir, si les mesures proposées ont quelque chance d'améliorer le pouvoir d'achat....
C'est évidemment la question centrale. Et cela demande d'entrer dans le détail, d'essayer de comprendre, d'abord, pourquoi les Français ont ce sentiment de perte de pouvoir d'achat et d'essayer de voir, ensuite, si les mesures proposées ont une quelconque chance de résoudre le problème. Ce dont je doute un peu.
Mais commençons par le commencement, par ce que vous appelez le sentiment de perte de pouvoir d'achat. Le mot sentiment suggère qu'il n'y a pas vraiment eu de perte de pouvoir d'achat.
C'est un peu plus compliqué que cela. Quand on regarde les sondages sur la question, on voit apparaître deux France : celle qui a le sentiment d'avoir vu son pouvoir d'achat diminuer régulièrement ces cinq dernières années, la France des 40% les plus modestes, et celle qui a le sentiment que son pouvoir d'achat a plutôt augmenté, celle des 40% les plus riches.
C'est celle qui a le sentiment d'avoir perdu qui nous intéresse
Bien sûr. Et pour comprendre son importance, il faut voir qu'il y a conjonction de plusieurs phénomènes :
- il y a, d'abord, des politiques d'organisation et de rémunération qui ont en réalité baissé les revenus de beaucoup de travailleurs. Le temps partiel, l'intérim, les politiques d'externalisation que les entreprises ont multiplié ces dernières années ont eu pour effet de réduire les revenus des gens qui ont un emploi. Pas de tous, mais de beaucoup. Ce n'est évidemment pas nouveau mais le phénomène s'est aggravé ;
- il y a, ensuite, eu différentes mesures prises ces dernières années qui ont eu pour effet de freiner les hausses de revenus. C'est ce que l'on a appelé la modération salariale au moment de l'installation des 35 heures, mais cela aussi été l'indexation des pensions, des retraites sur l'inflation en non plus sur les salaires qui a touché de plein fouet les retraités ;
- il y a eu, également, les augmentations d'impôts. On nous parle de baisses d'impôts, mais si certains impôts ont diminué marginalement, d'autres ont augmenté, je pense notamment aux impôts locaux. Or, ils pèsent d'un poids lourd dans les budgets des ménages les plus modestes. Les mesures annoncées sur le paiement de la redevance télé par les retraités les plus modestes s'inscrit dans ce phénomène que je décris ;
- il y a, enfin, la modification de nos modes de consommation. De nouvelles consommations sont arrivées qui nous coûtent très cher. Pour ne prendre que cet exemple, les budgets télécommunications des ménages ont explosé ces dernières années. D'autant plus explosé qu'on n'y comprend en général rien, qu'on les gère mal et qu'on fait des dépenses inutiles. On comprend d'autant moins ce qui se passe que l'explosion de nos dépenses coïncide souvent avec une diminution des prix des produits ou services. Les prix de l'informatique ont formidablement diminué et, pourtant, les budgets informatiques ont grimpé dans à peu près tous les ménages..
A tout cela, ajoutez l'augmentation des prix des produits pétroliers et des prix des produits alimentaires et vous avez effectivement des tensions fortes sur le pouvoir d'achat.
Venons en aux mesures proposées. Elles sont très populaires. Seront-elles efficaces?
Elles sont populaires parce qu'elles paraissent de bon sens. Et qu'au fond, personne, sinon peut-être les propriétaires, ne conteste l'indexation des loyers sur les prix, personne ne s'offusque vraiment des mesures de déblocage de la participation, on aurait d'ailleurs pu ajouter l'épargne salariale qui est, elle aussi, bloquée. Et même les partisans des 35 heures n'ont pas d'objection majeure au paiement des heures bloquées dans les compte-épargne temps. C'était, d'ailleurs, possible, dans un certain nombre de cas. Et, de ce point de vue, Nicolas Sarkozy a réussi son opération de communication. Il nous convaincus qu'il avait compris nos préoccupations et qu'il s'attaquait au sujet.
Mais ces mesures seront-elles efficaces?
C'est là que cela devient plus compliqué et plus contestable. Il faut, je crois, prendre ces mesures une à une.
Commençons par les mesures sur les RTT.
C'est une des mesures phares de ce plan et l'on voit bien l'objectif : vider progressivement les 35 heures de tout contenu. Mais qu'est-ce que cela va produire? Pour qu'il y ait augmentation du pouvoir d'achat, il faut avoir des jours de RTT à revendre à son patron. Or, ce n'est pas le cas de tout le monde. Les retraités n'en ont pas, les gens qui travaillent dans les entreprises de moins de 20 personnes non plus. Ne sont, en fait, concernés que ceux qui ont des jours de RTT non consommés et qui travaillent dans des entreprises capables de racheter ces jours, ce qui n'est pas forcément le cas de toutes.
En fait, très peu de salariés devraient être en mesure de revendre leurs jours de RTT. La fonction publique en est un bon exemple : 10% seulement des fonctionnaires en ont à vendre. Et quand on regarde de plus près, ce sont, pour l'essentiel, des cadres supérieurs et des hommes.
Ce sont ceux qui ont le plus d'autonomie dans la gestion de leur temps, c'est-à-dire les cadres, qui vont le plus profiter de la mesure. Or, ce sont ceux qui se plaignent le moins de la baisse de leur pouvoir d'achat. Si je voulais caricaturer, je dirais que l'on risque, avec cette mesure, d'améliorer le pouvoir d'achat de ceux qui ne l'ont pas vu diminuer ces dernières années.
Les mesures sur les heures supplémentaires devraient, elles, bénéficier aux salariés qui ne sont pas cadres.
Sans doute, et c'est l'une des mesures les plus symboliques de la politique de Nicolas Sarkozy, celle qui illustre le mieux son slogan : travailler plus pour gagner plus. Mais là encore, le diable est dans les détails. Ce ne sont pas les salariés qui décident de faire ou de ne pas faire des heures supplémentaires. Ce sont les employeurs, qui en demandent s'ils en ont besoin. La seule question est de savoir si leur détaxation va inciter les entreprises qui en ont besoin à en utiliser plus. Si elles vont préférer les heures supplémentaires à l'intérim. Le gouvernement dit que cette mesure devrait injecter 10 milliards d'euros dans le pouvoir d'achat. Ce ne sera le cas que si les employeurs donnent ces heures supplémentaires à leurs salariés. Or, ils ne le feront que s'ils en ont besoin.
Une mesure contestable, donc?
Cette mesure sera probablement inefficace, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit absurde. C'est celle qui a été appliquée au lendemain de la guerre, au début de ce que l'on a appelé les trente glorieuses. Les patrons s'en prenaient à l'époque aux 40 heures du Front Populaire et les salariés travaillaient de très longues heures supplémentaires, ce qui leur a permis de s'enrichir. Mais on était dans une période de très forte croissance où les entreprises avaient besoin de main d'oeuvre, où elles avaient du travail à donner à leurs salariés. Si nous étions, demain, dans une période de croissance vive, ce mécanisme se révélerait certainement très efficace. Mais la croissance n'est pas au rendez-vous et je crains que cela n'améliore pas vraiment l'ordinaire des salariés.
Autre mesure : le déblocage de la participation
Oui. Vous savez que les sommes que versent les entreprises de plus de 50 personnes au titre de la participation sont bloquées pendant cinq ans, sauf situations exceptionnelles : changement d'employeur, mariage... A partir du 1er janvier et jusqu'au 1er juillet, les salariés pourront procéder à un déblocage exceptionnel de ces sommes, à hauteur de 10.000 euros maximum par salarié. Les sommes débloquées ne seront pas imposées.
Le gouvernement parle de 12 milliards mis à la disposition des ménages. Montant auquel il conviendrait évidemement d'ajouter les primes que les patrons de PME de moins de 50 salariés, qui n'ont pas l'obligation de verser de la participation et qui ne le font qu'exceptionnellement (seuls 8% des salariés en bénéficient), pourraient verser à leurs collaborateurs, l'idée étant de leur permettre de verser une prime allant jusqu'à 1000 euros exonérée de charges sociales.
Mais là encore, est-ce que cela peut marcher?
Pour ce qui est des primes, je ne vois pas bien pourquoi des patrons de PME qui n'en versent pas aujourd'hui en verseraient demain. Le fait qu'elles soient exonérées de charges sociales ne les exonère pas de l'obligation de payer. Et ils n'en ont pas forcément la capacité ou l'envie.
Pour ce qui est du déblocage de la participation, il convient, je crois, d'être également très prudent. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement utilise cette arme. Jean-Pierre Raffarin l'avait fait il y a quelques années pour relancer la consommation. Mais l'impact en sera limité pour au moins deux motifs :
- d'abord, cela concerne les salariés des entreprises de plus de 50 personnes, or ce sont ceux qui souffrent le moins d'une perte de pouvoir d'achat,
- ensuite, ces salariés n'ont pas forcément envie de casser ce bas de laine pour des achats courants. La participation relève de cette épargne que chacun aime bien avoir pour faire face aux moments difficiles.
Vous nous disiez que cette mesure avait déjà été tentée. Avec quel résultat?
Mais justement, sans grand résultat. Une étude de l'INSEE a montré qu'une très faible part des 7,5 milliards d'euros alors mis sur le marché a été consacrée à un surcroît de consommation, et principalement à l’achat de produits importés. L’essentiel a été investi dans l’immobilier ou épargné. Ce qui, encore une fois, est assez logique.
Autant dire qu'il ne faut pas attendre grand chose de ces mesures?
Non. Je crains même qu'elles n'aient des effets pervers, qu'elles ne creusent un peu plus les inégalités entre ceux qui sont protégés, qui bénéficient d'augmentations salariales régulières, et ceux qui n'en bénéficient pas, entre ceux qui travaillent dans des grandes entreprises dans lesquelles il y a de la participation et ceux qui travaillent dans des PME, entre ceux qui ont des emplois en CDI et ceux qui ont des emplois précaires, entre les cadres et les non-cadres...
Nicolas Sarkozy devait agir. Il était, d'une certaine manière, pris au piège. Il savait que l'opinion l'attendait sur ce dossier. Il est donc allé très vite, il a pioché dans une liste de mesures qui ne coûtent rien à l'Etat, qui peuvent être mises en place rapidement et qui s'inscrivent dans sa philosophie du « travailler plus pour gagner plus ». Mais il y a peu de chance que ce soit vraiment efficace. L'opinion est aujourd'hui séduite, mais elle découvrira vite que toutes ces belles idées n'améliorent pas le pouvoir d'achat de ceux qui en ont perdu.
Mais qu'aurait-il fallu faire? Augmenter le SMIC?
Comme je le disais au début de cette chronique, le SMIC a perdu beaucoup de son efficacité, tout simplement parce que les entreprises ont appris à le contourner en mutlipliant, par exemple, les emplois précaires qui permettent de réduire la masse salariale alors même que le salaire horaire augmente.
Ceci dit, la solution repose évidemment sur l'augmentation des salaires. Celle-ci est possible dans de nombreuses entreprises qui ont des réserves, qui sont en bonne santé, qui se battent sur les marchés étrangers où elles réussissent bien. Encore faut-il que les salariés aient les moyens de se faire entendre et d'obtenir des augmentations. Pour cela il faut des syndicats plus puissants. On l'oublie trop, mais la meilleure garantie d'une augmentation régulière des salaires est l'action collective, syndicale. Elle seule peut forcer les entreprises à partager de manière plus équilibrée les gains de productivité. Or, on sait qu'elle est quasi inexistante dans le secteur privé : 5% seulement des salariés sont syndiqués et, même là où ils le sont un peu plus, les syndicats sont tellement divisés qu'il leur est difficile de se battre efficacement.
Il me semble qu'en matière de pouvoir d'achat, la priorité devrait être de travailler à donner aux salariés et aux organisations syndicales les moyens de mieux mieux défendre leurs intérêts. Cela passe par une simplification du code du travail et la suppression de ces contrats précaires qui rendent toute mobilisation extrêmement difficile, mais aussi par une modification profonde de la représentativité des syndicats. Il faut absolument obtenir que seuls puissent signer des accords ceux qui ont une légitimité, une majorité gagnée sur le terrain à force de conquêtes, de victoires sur les salaires et les conditions de travail.
Cela demandera du temps.
Bien sûr. Mais c'est à moyen terme, la meilleure garantie d'une augmentation réelle du pouvoir d'achat pour tous et, pas seulement, pour ceux qui ont, du fait de leur position au sein de l'organisation, la possibilité de négocier individuellement des augmentations de salaires.
Notes de lecture
 
 
Comme d'habitude vous souhaitez nous faire part de quelques unes de vos lectures de la semaine...
Oui, et je voudrais commencer avec un article qui n'est pas très récent, puisqu'il date de 2005, mais que j'ai trouvé il y a peu et qui me parait intéressant. Son auteur, Matthew Gentzkow, qui travaille à l'université de Chicago, étudie l'impact de la télévision sur les comportements politiques (Television and Voter Turnout).
Sujet que l'on aborde assez souvent
Oui, mais il le fait de manière originale en s'appuyant sur des données sur les comportements électoraux, disons sur les abstentions des électeurs. Et il montre que les abstentions ont historiquement progressé aux Etats-Unis  avec l'arrivée de la télévision. Il peut faire la comparaison puisque la télévision n'est pas arrivée au même moment partout aux Etats-Unis. Et lorsqu'elle est arrivée dans une région, elle s'est très rapidement généralisée. En moins de 5 ans, 70% de la population était équipée. On peut donc comparer les comportements électoraux et l'équipement en téléviseurs.
Et il y a corrélation entre l'un et l'autre?
C'est ce qui ressort très nettement de son étude qui conclut que 50% de l'augmentation de l'abstention lui être liée.
Et comment l'explique-t-il?
Oh, son raisonnement est très simple : l'arrivée de la télévision a entraîné des baisses de vente de la presse écrite et d'écoute de la radio, deux médias qui consacrent plus de place à la politique que ne le font les télévisions. Et, surtout, elles n'en parlent pas de la même manière. Aux Etats-Unis, la politique locale jouait traditionnellement un rôle important, on ne se contente pas de voter pour des députés ou des maires, on vote aussi pour toute une série de fonctions. La télévision était à ses débuts nationale, quand elle parlait de politique, elle traitait de sujets nationaux. Tout cela aurait amené les électeurs à se désintéresser de la politique locale. L'auteur de cet article distingue d'ailleurs très nettement l'impact sur l'abstention aux élections locales et celui sur les élections nationales. Le rapport est, d'après ses calculs, de 1 à 2.
Ces travaux participent de tout un pan de la réflexion économique qui essaie de comprendre l'impact des médias sur les comportements électoraux. D'autres auteurs ont montré comment l'introduction de Fox la grande chaîne conservatrice américaine avait favorisé l'élection de candidats républicains. D'autres ont montré que les minorités votaient plus là où elles étaient en nombre suffisant pour que les médias consacrent de la place à leurs problèmes.
On est quand même très loin de ce qui se passe en France...
Nous sommes dan un contexte très différent, et il serait intéressant de vérifier sur des données françaises ou, à défaut, européennes, cette thèse. On pourrait essayer de comprendre ce que veut dire ce succès populaire de Nicolas Sarkozy qui mobilise les deux principales chaînes pour ses discours, ce qui ne l'on n'aurait peut-être pas accepté de ses prédécesseurs, et qui fait des taux d'audience record.
C'est peut-être qu'on le connaît encore mal et qu'il intrigue.
Certainement. C'est peut-être aussi qu'il est un personnage des médias, une de ces vedettes qu'ils fabriquent régulièrement, vous savez ces artistes qu'on n'a jamais vus sur scène mais qu'on connaît parce qu'ils passent à la télé. Il sera intéressant de voir si cela dure longtemps parce que les médias et, notamment la téélvision, ont la mauvaise habitude de brûler très vite ce qu'elles ont adoré.
Mais on s'éloigne de l'économie avec tout cela.
Oui, et j'aimerais vous y ramener avec un article qui aborde un sujet tout aussi en marge. Il s'agit des salaires. On sait que les hommes mariés gagnent mieux leur vie que les célibataires et dans des proportions significatives puisque les écarts sont de l'ordre de 10 à 20%.
C'est considérable!
Je m'appuie là encore sur des données américaines, mais on observe le même phénomène chez nous.
Et à quoi est-ce que cela tient?
On explique en général cela de deux ou trois manières. On dit que les hommes mariés ont plus d'incitations à faire des efforts puisqu'il leur faut rapporter de quoi nourrir leur famile, on dit également que la division du travail au sein du couple leur laisse plus de temps pour travailler et réussir dans leur carrière. On dit également que le fait d'être marié donne à l'employeur des informations sur la qualité du salarié, sur sa capacité à prendre ses responsabilités, à défendre les normes et les valeurs d'une bonne société...
Tout cela est un peu spécieux.
Bien sûr. Et c'est parce que ces explications ne sont pas vraiment satisfaisantes qu'une jeune économiste, Madeline Zavodny, a eu l'idée de comparer les revenus des homosexuels célibataires et en couple (Is there a marriage premium for gay men?).
Et on retrouve le même effet couple sur les rémunérations?
Non. D'où toute une série de questions. Est-ce la présence d'enfants qui favorise ces salaires plus élevés des hommes dans les couples hétérosexuels? Est-ce une division plus fine du travail? Est-ce, autre type d'explication, les discriminations qui expliqueraient que les homosexuels ne profitent pas de cet effet couple?
Mais puisque nous parlons de couple et de famille, je voudrais terminer avec une information que j'ai trouvée et qui me paraît assez amusante. Il s'agit des réponses apportées à un questionnaire international sur les valeurs et, plus précisément, les réponses apportées à la question suivante : lequel de ces deux jugements vous paraît le plus juste :
- quels que soient les défauts et les qualités de ses parents, on doit toujours les aimer et les repecter,
 - nous n'avons pas d'obligation d'aimer et de respecter des parents qui n'ont pas mérité notre respect et notre amour par leur attitude.
Et on obtient des résultas très différents selon les pays?
Les écarts sont très significatifs. 32% des Hollandais disent qu'il faut aimer ses parents quoi qu'il arrive, ce qui est peu comparé aux 99% des Vietnamiens.
Les Hollandais sont une exception?
Pas du tout, les Danois sont 36% à être sur des positions voisines et les Allemands 60%. On est loin des 99% des Vietnamiens, des 95% des Chinois voire même des 75% de Français.
Et vous avez une explication de ces écarts?
Ah! Non. Je vous laisse le soin de chercher et de trouver.
 
 
 
 
 
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