Bernard Girard

Chronique du 16/12/08

Les multinationales au secours du dŽveloppement?




 

Vous nĠŽtiez pas lˆ la semaine dernire. Vous Žtiez, je crois, ˆ MontrŽal.

Oui, je participais ˆ une table-ronde et ˆ un sŽminaire sur la responsabilitŽ sociale des entreprises organisŽ par la chaire de responsabilitŽ sociale et de dŽveloppement durable de lĠuniversitŽ de QuŽbec que dirige Corinne Gendron, une jeune femme extrmement dynamique qui tente de construire ˆ MontrŽal un p™le dĠexcellence dans ce domaine.

La responsabilitŽ sociale nĠest pas une chose dont on parle beaucoup de ce cotŽ-ci de lĠAtlantiqueÉ

On en parle effectivement beaucoup plus en AmŽrique du Nord et dans le monde anglo-saxon quĠen Europe et, surtout, quĠen France, mme si on y vient. JĠai ŽtŽ invitŽ ˆ ce sŽminaire pour avoir participŽ ˆ un numŽro de la Revue Internationale de Psychosociologie entirement consacrŽ au sujet (avec un article intitulŽ : A quoi bon lĠŽthique dĠentreprise?). Mais le sujet est loin dĠtre inconnu en France.

Cette diffŽrence vient, je crois, de nos histoires. Depuis la fin de la guerre, lĠEtat Providence a, chez nous, pris en charge toute une sŽrie de prestations qui relvent dans dĠautres pays des entreprises. Il est, dĠailleurs, assez amusant de voir que lĠon prŽsente comme de hauts faits de cette responsabilitŽ sociale des choses que nos comitŽs dĠentreprises font depuis des dŽcennies dans toutes les entreprises. Mais on aurait, je crois, tort de prendre ce sujet ˆ la lŽgre. DĠabord, parce que nous avons en la matire une longue histoire.

Vous pensez au paternalismeÉ

Le paternalisme nĠest quĠun des moments de cette histoire qui remonte au tout dŽbut de la rŽvolution industrielle. Ds la fin du XVIIIŽme sicle, on a vu des industriels du textile se poser des questions trs proches de celles que soulvent aujourdĠhui les gens qui sĠoccupent de responsabilitŽ sociale. Leur problme Žtait de stabiliser une population ouvrire, dĠorigine rurale qui ne venait travailler que lorsquĠelle avait besoin dĠargent. On a des textes, des carnets intimes dans lesquels on voit des patrons raisonner, se dire que la meilleure manire de fixer ces ouvriers est de les marier, de les inciter ˆ crŽer une famille qui leur donne des obligations, qui les pousse ˆ aller travailler tous les jours. Et on voit ces mmes patrons se dire quelques lignes plus loin : mais jamais ils ne pourrons nourrir leur famille avec le salaire que nous leur donnons, salaire que la concurrence nous interdit dĠaugmenter. Je me souviens dĠun texte dans lequel lĠun de ces patrons fait le budget dĠun ouvrier et dŽcouvre quĠil lui est effectivement impossible de nourrir sa famille avec le salaire quĠil lui donne, dĠo la recherche de solutions, la crŽation de logements, de jardins ouvriers. Ces textes du tout dŽbut de la rŽvolution industrielle sont fascinants.

CĠest la tradition du Familistre de Godin  dont on parle souventÉ

Exactement. Mais il nĠy a pas que cela. Il y a aussi en France une seconde tradition parallle, conservatrice celle-ci, nŽe sous la Restauration, des gens quĠon a appelŽs les philanthropes, qui ont voulu rŽagir ˆ la montŽe de la pauvretŽ qui a accompagnŽ le dŽveloppement de la premire rŽvolution industrielle. Il sĠagissait de gens qui avaient vŽcu la rŽvolution de 1989, la terreur, lĠun de ses reprŽsentant les plus significatifs, le baron de Gerando avait mme ŽtŽ condamnŽ ˆ mort et nĠa ŽchappŽ ˆ la guillotine que de peu. Tous ces gens craignaient le retour de la rŽvolution, la rŽvolte des pauvres et ils ont inventŽ toute une sŽrie dĠoutils pour lutter contre la pauvretŽ comme les caisses dĠŽpargne, les dispensaires, les soupes populairesÉ Ce sont eux qui ont nourri la pensŽe paternaliste et la doctrine sociale de lĠEglise (on trouve une histoire de ces philanthropes dans mon Histoire des thŽories du management en France).

Les entreprises qui pratiquent aujourdĠhui cette responsabilitŽ sociale obŽissent aux mmes objectifs?

Le mouvement actuel se rŽclame de thŽories nŽes aux Etats-Unis il y a une vingtaine dĠannŽes qui avaient pour objectif de fonder le capitalisme sur dĠautres valeurs que lĠŽgo•sme et la seule poursuite de lĠintŽrt personnel. Le principal auteur de cette Žcole, Edward Freeman, un philosophe de formation et de profession, il enseigne actuellement lĠŽthique ˆ lĠuniversitŽ de Virginie, avait lĠambition de fonder le capitalisme sur des valeurs morales. ÒLes principes du capitalisme sont, dit-il dans un de ses premiers textes, des buts louables en eux-mmes.Ó

CĠest une thse pour le moins insolite, surtout actuellementÉ

CĠest vrai. Mais elle lĠa amenŽ ˆ dŽvelopper ce quĠil appelle le capitalisme des parties prenantes. LĠentreprise nĠa pas, dit-il, ˆ sĠoccuper seulement de ses actionnaires. Elle doit aussi se prŽoccuper de ses salariŽs, de ses fournisseurs, de la sociŽtŽ qui lĠentoureÉ ce quĠil appelle, en anglais, les Òstakeholders, ce que lĠon traduit en franais par Òparties prenantesÓ.

Ces thses ont trouvŽ immŽdiatement des critiques chez les thŽoriciens du capitalisme. Je pense, notamment, ˆ un texte trs vigoureux de Milton Friedman pour qui les managers nĠont quĠune seule mission : maximiser les profits des propriŽtaires de lĠentreprise, cĠest-ˆ-dire des actionnaires (The social responsibility of business is to increase its profits, New-York Times, 13/09/70).

CĠest ce dont vous avez parlŽ ˆ MontrŽalÉ

Nous avons surtout parlŽ des relations entre responsabilitŽ sociale des entreprises et gestion des ressources humaines et, mais jĠy reviendrai plus longuement tout ˆ lĠheure, du livre dĠun auteur britannique qui  veut Žtendre cette responsabilitŽ ˆ lĠaide au dŽveloppement des pays du Tiers-monde.

Je nĠai fait ce petit rappel historique que pour indiquer que nous ne sommes pas compltement Žtranger ˆ ces problŽmatiques mme si la crŽation de lĠEtat providence, au lendemain de la seconde guerre mondiale a permis ˆ nos entreprises de sĠen dŽgager. Ce qui ne veut pas dire quĠelles ne vont pas tre amenŽes ˆ sĠen occuper sŽrieusement dans les annŽes qui viennent.

Parce que lĠEtat providence reculeÉ

Pas seulement. Nous avons vu Žmerger rŽcemment toute une sŽrie de problmes que lĠEtat providence ne traitait pas traditionnellement. CĠest vrai, bien sžr, de toutes les questions touchant ˆ lĠenvironnement, ˆ la lutte contre le rŽchauffement climatique, mais ce lĠest aussi de la plupart des questions sociales apparues ces dernires annŽes. Pensez au travail des seniors, ˆ la rŽduction des inŽgalitŽs salariales entre hommes et femmes, ˆ la lutte contre le harclement ou les discriminations ˆ lĠembaucheÉ Tous ces sujets demandent un traitement local. On peut faire des lois, et on en a fait, mais cĠest dans les entreprises que les changements doivent avoir lieu. Pas question pour les directions de sous-traiter ces questions, comme elles ont pu le faire pour la vieillesse, la maladie ou le ch™mage. Il faut quĠelles sĠimpliquent si lĠon veut que ces dossiers avancent.

Mais pourquoi les entreprises investiraient-elles dans ces causes si aucune loi ne les force?

Il faut dĠabord dire quĠelles le font, au moins les plus importantes. Mais il est aussi vrai quĠelles ne manquent pas une occasion de le faire savoir. Pour ne prendre que cet exemple, le magazine Fortune a, dans son dernier numŽro, un grand cahier publicitaire sur ce sujet o lĠon voit de grands groupes internationaux faire de la rŽclame sur leurs investissements sociauxÉ

Mais justement, est-ce que ce nĠest pas que cela : une manire de se faire de la publicitŽ en jouant sur les sentiments? 

Il y a certainement une part de communication. Lorsque je suis rentrŽ, lĠautre jour, de Bolivie, jĠai voyagŽ sur une compagnie bolivienne qui offre des voyages gratuits aux personnes de plus de 80 ans qui vont rejoindre leur famille. Cela lui rapporte certainement beaucoup plus en bonne image que cela lui cožte en billets. Mais il nĠy a pas que cela. Beaucoup de gens expliquent quĠtre socialement responsable contribue ˆ lĠamŽlioration des performances des entreprisesÉ

Vous y croyez? Comment?

Le Financial Times a fait Žtat, il y a quelques mois, dĠune Žtude qui montre que les entreprises socialement responsables ont de meilleurs rŽsultats, de meilleures performances ŽconomiquesÉ

Et comment lĠexplique-t-on?

Deux effets seraient  lĠoeuvre :

Un effet rŽputation : investir socialement amŽliore lĠimage dĠune entreprise, facilite le recrutement, les relations avec les fournisseurs qui ont plus confiance dans une entreprise que lĠon sait respectueuse des autres que dans une entreprise qui passe sa vie ˆ se faire critiquer pour ses comportements immoraux. CĠest cet effet rŽputation que tentent dĠexploiter les agences de notation sociale comme celle quĠa crŽŽe Nicole Notat,

Mais aussi un effet efficience : le management serait, dans ces entreprises de meilleure qualitŽ, il faciliterait lĠinnovation des salariŽs, limiterait lĠabsentŽisme, amŽliorerait la productivitŽÉ

Tout cela est plausibleÉ

CĠest effectivement plausible, mais difficile ˆ mesurer. JĠajouterai quĠavec le mme raisonnement on pourrait expliquer la trs forte productivitŽ des travailleurs franais par ce sentiment quĠils ont dĠtre ˆ lĠabri gr‰ce ˆ lĠEtat providenceÉ

Vous plaisantez?

Peut-tre un peu.

Revenons ˆ vos rencontres quŽbŽcoises. Vous nous disiez avoir examinŽ les thses dĠun britannique qui pense que la responsabilitŽ sociale peut aider au dŽveloppement.

JĠai effectivement contribuŽ ˆ un sŽminaire consacrŽ aux travaux dĠun spŽcialiste de ces questions, Michael Hopkins qui explique dans un livre rŽcemment paru (Corporate social responsibility & international Development) que lĠon devrait confier lĠaide au dŽveloppement aux multinationales. Son raisonnement est assez simple : lĠaide internationale telle quĠelle est aujourdĠhui distribuŽe a, pour lĠessentiel, ŽchouŽ, les institutions qui sĠen occupent, comme lĠONU, ont peu de moyens. Les multinationales ont des ressources importantes, elles sont sur le terrain, elles ont intŽrt ˆ ce que  cela marche. Il faut quĠelles sĠinvestissent dans des projets dĠaide au dŽveloppement, ce quĠelles font dĠailleurs si jĠen crois les nombreux exemples quĠil cite.

 

Michael Hopkins (ˆ gauche) et Bernard Girard rue Saint-Denis ˆ MontrŽal

Et vous pensez vraiment que cela peut mieux marcher?

JĠen doute, comme dĠailleurs plusieurs des participants ˆ ce sŽminaire. Pour, je crois, une raison de fond : lˆ o dŽveloppement il y a eu, dans les pays du sud-est asiatique, notamment, il sĠest toujours construit autour dĠun complexe politico-industriel, lĠEtat aidant par sa politique, en matire rŽglementaire et commerciale, ˆ la construction dĠentreprises nationales puissantes qui sĠimposent sur les marchŽs mondiaux et gŽnrent des flux financiers en direction du pays dĠorigine, flux qui vont alimenter le dŽveloppement.

Par construction, les multinationales font le contraire, elles rapatrient vers leur pays dĠorigine, vers leur base, les bŽnŽfices quĠelles rŽalisent lˆ o elles sont installŽes. Et, pour ce seul motif, je ne crois pas quĠelles puissent tre un acteur majeur dans le dŽveloppement des pays Žmergents. Un des participants, marocain, soulignait dĠailleurs les difficultŽs de lĠindustrie textile de son pays que les multinationales risquent de quitter pour aller dans des pays plus compŽtitifs.

Ceci dit, des multinationales responsables peuvent jouer un r™le utile. Si elles se comportent bien, si elles exigent de leurs sous-traitants quĠils respectent un certain nombre de normesÉ

Si elles leur interdisent de faire travailler des enfantsÉ

Par exemple. Ou si elles contribuent au financement dĠŽcoles, de dispensaires, si elles aident ˆ la reforestationÉ ce que certaines font. De ce point de vue, tous ceux qui organisent en occident des campagnes contre les entreprises qui utilisent le travail des enfants, qui paient trop mal leurs salariŽs contribuent, au moins indirectement, au dŽveloppement des pays les plus pauvres. Mais il ne faut pas se faire dĠillusions, ce nĠest pas comme cela que ces pays sortiront du sous-dŽveloppement. Ce nĠest pas en reprenant les mŽthodes des organisations internationales que Hopkins critique trs justement que lĠon rŽussira mieux.

Au delˆ de ces critiques, ce livre est intŽressant parce quĠil montre toute lĠambigu•tŽ de la dŽmarche. DĠun cotŽ, elle est incontestablement un des ŽlŽments de lĠoffensive libŽrale qui veut remplacer les Etats par des entreprises, mais de lĠautre, elle est un formidable levier pour la sociŽtŽ civile, pour les ONG, les associationsÉ

Qui veulent forcer les entreprises ˆ changer de comportementÉ

Exactement! Les entreprises ne se sont engagŽes dans ces actions responsables que parce que poussŽes par cette sociŽtŽ civile qui porte aujourdĠhui la critique sociale et sĠest, en quelque sorte, substituŽ aux organisations syndicales qui sont trs affaiblies.  

LĠŽmergence de ce que lĠon appelle la responsabilitŽ sociale de lĠentreprise correspond, en rŽalitŽ, ˆ une modification profonde des rapports de force dans lĠespace rŽglementaire. Hier, les rŽglementations en matire Žconomique Žtaient prises, dans le secret des cabinets, par des reprŽsentants de lĠEtat et de lĠindustrie, avec le soutien des organisations syndicales qui consacraient lĠessentiel de leurs efforts ˆ une lutte pour de meilleures rŽmunŽrations et de meilleures conditions de travail pour les salariŽs. Elles sont aujourdĠhui nŽgociŽes sous le contr™le de cette sociŽtŽ civile qui a su se construire des relais politiques. LĠEtat sĠest affaibli, cĠest vrai, mais lĠespace libŽrŽ a ŽtŽ occupŽ par ces associations qui contr™lent les entreprises de lĠextŽrieur. CĠest particulirement frappant dans lĠespace europŽen. La commission europŽenne ne prend pas une dŽcision en matire rŽglementaire sans consulter, sans introduire dans le processus dĠŽlaboration des rgles, des reprŽsentants des ONG.

Mais est-ce efficace?

Mais oui. Prenez lĠindustrie cosmŽtique. Pendant des dŽcennies elle a effectuŽ des tests sur animaux sans se poser la moindre question. Et puis des associations de protection des animaux ont commencŽ de protester. Elles lĠont fait dans des pays dans lesquels il nĠy avait pas dĠindustrie cosmŽtique, ce qui leur a permis de trouver facilement des soutiens dans les appareils Žtatiques. Elles ont fini par obtenir de Bruxelles lĠinterdiction de ces tests, au grand dam des industriels qui nĠimaginaient pas que lĠon puisse les attaquer sur ce sujet. Et il est vrai que jamais des organisations syndicales ne les auraient attaquŽes sur ce sujet.

A lĠinverse de ce quĠont longtemps cru les libŽraux, le recul de lĠEtat nĠa pas ŽtŽ synonyme dĠaffaiblissement de la rŽglementation, il a favorisŽ lĠŽmergence de nouveaux acteurs, porteurs des attentes de la sociŽtŽ civile. Ce que lĠon appelle la responsabilitŽ sociale des entreprises nĠest que la rŽponse de celles-ci ˆ lĠapparition de ces nouveaux acteurs. CĠest, dit autrement, la forme quĠa pris la critique sociale dans une sociŽtŽ dominŽe par le marchŽ.

Note de lecture

 

Comme chaque semaine, vous allez nous faire part dĠune de vos lecturesÉ

Oui, et je voudrais cette semaine vous parler dĠun livre tout ˆ fait Žtonnant que le Seuil vient de publier : Hiroshima est partout de Gunther Anders. Anders est un essayiste allemand nŽ en 1924 qui a ŽmigrŽ aux Etats-Unis en 1936 et est devenu, aprs la guerre, lĠun des plus fermes opposant ˆ lĠarme atomique. Il a tout au long de sa vie, il est mort en 1992, rŽflŽchi aux risques quĠelle pouvait faire porter ˆ lĠavenir de lĠespce humaine et il est, ˆ cotŽ de Hans Jonas et de quelques autres auteurs allemands, lĠun des pres de cette mŽfiance ˆ lĠŽgard de la technologie qui nourrit aujourdĠhui la culture europŽenne.

CĠest donc un livre sur la bombe atomique, un sujet dont on ne parle plus beaucoup aujourdĠhuiÉ

CĠest bien plus que cela. CĠest un livre, je devrais plut™t dire, ce sont plusieurs livres puisquĠil y a plusieurs textes qui rŽflŽchissent sur la responsabilitŽ de chacun de nous. Le premier de ces textes est un journal de voyage : Anders a fait un voyage en 1958 ˆ Hiroshima et Nagasaki quĠil nous raconte dans ce texte. On y trouve des moments bouleversants, comme ce passage o il improvise le jour de son anniversaire un discours contre la guerre dans une rue chauffŽe ˆ blanc de Kyoto et que lui revient la mŽmoire de sa mre et celle de Husserl, le grand philosophe qui avait ŽtŽ son professeur et qui lui avait reprochŽ de sĠtre dŽguisŽ un jour de carnaval.

Il y a aussi, et surtout, dans ce livre, un Žchange absolument stupŽfiant de lettres entre Anders et le pilote de lĠavion qui a lancŽ la bombe sur Hiroshima. StupŽfiant parce quĠon y parle beaucoup de la la bombe atomique, mais aussi parce que Anders y raconte sa vie et ses rŽflexions sur des propositions qui lui sont faites comme celle de Bob Hope qui voulait consacrer un film ˆ sa vie, et il sĠinterroge sur ce que cela peut modifier de ses comportements, sur ce que cĠest de devenir un personnage de fiction.

Le pilote dĠHiroshima ne sĠest, je crois, jamais remis de ce bombardementÉ

Il a effectivement ŽprouvŽ une forte culpabilitŽ qui lĠa amenŽ ˆ commettre de petits dŽlits pour se faire condamner. Et tout cet Žchange est une rŽflexion sur ce que cela veut dire dĠtre un Òcoupable sans fauteÓ,  un thme que lĠon retrouve chez Anna Harendt, mais dans un contexte tout diffŽrent.

Ce livre est important parce quĠil est de ceux qui ont le plus vivement nourri la critique de cette technologie qui fait de nous des machines. Il y a, dans la premire lettre quĠAnders a adressŽ au pilote dĠHiroshma un passage dans lequel il explique que nous sommes devenus comme Òdes vis dans une machine, utilisŽs dans des actions dont les consŽquences dŽpassent notre vue et notre imaginationÓ, actions que nous condamnerions si nous pouvions les imaginer, ce qui fait de nous, explique toujours Anders  des Òinnocents coupables.Ó

CĠest incontestablement un livre que devraient lire tous ceux qui ont entrepris une dŽmarche critique de notre sociŽtŽ.

 

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