Bernard Girard

Chronique du 07/09/08

Crise du crŽdit, crise de confianceÉ

 

 

La semaine dernire, nous parlions de la crise financire, nous allons aujourdĠhui parler de la crise ŽconomiqueÉ JĠimagine quĠil y a un lien de cause ˆ effet entre les deuxÉ

Oui, sachant quĠil faut distinguer ce qui relve de lĠŽchec de la politique Žconomique du gouvernement et ce qui relve de la crise financire. Les mauvais chiffres du ch™mage tiennent, pour lĠessentiel, ˆ la politique du gouvernement : les mesures prises en faveur des heures supplŽmentaires ont incitŽ de nombreuses entreprise ˆ moins faire appel ˆ lĠintŽrim qui a baissŽ de 4% en un an. La rŽcession que nous partageons avec beaucoup de nos voisins est liŽe ˆ la crise financire, aux difficultŽs que rencontrent les entreprises qui veulent se financer. La rarŽfaction du crŽdit quĠon annonce depuis quelques mois est aujourdĠhui une rŽalitŽ qui Žtouffe lĠactivitŽ Žconomique.

Je vais vous poser une question un peu na•ve, mais pourquoi les entreprises ont-elles tant besoin de crŽdits? Je comprends bien quĠelles en ont besoin lorsquĠelles veulent financer des investissements, mais elles nĠachtent pas tous les jours de nouvelles machines ou de nouveaux locaux?

Non, mais prenez une entreprise moyenne, une PME qui fabriqueÉ disons, des chaises mŽtalliques. Elle achte sa matire premire, des tubes de mŽtal, ˆ un industriel et elle revend ses chaises ˆ un distributeur, une grande surface. LĠindustriel demande un paiement ˆ trente jours. Et notre PME doit sĠexŽcuter si elle veut obtenir les matŽriaux dont elle a besoin. Le distributeur, lui, paiera ˆ soixante jours. Et lˆ non plus ce nĠest pas nŽgociable. Si notre PME refuse, la vente tombe. Elle va donc devoir financer ces trente jours dĠŽcart entre le paiement de son fournisseur et la rŽception du chque du distributeur, ce quĠelle va faire en allant voir son banquier, en lui demandant du crŽdit.

La banque sert donc ˆ cela.

Oui. Mais si la banque ne veut plus prter ou si elle prte ˆ un taux trop ŽlevŽ, notre PME va se trouver dans de grandes difficultŽs. Si elle trs fragile, elle peut dispara”tre, si elle est plus solide, elle va tenter, par tous les moyens de conserver ses marges. Ce quĠelle peut faire en cherchant un nouveau fournisseur, en rŽduisant ses effectifs ou ses stocks, en modifiant sa fabricationÉ

Si elle rŽduit ses effectifs, le ch™mage augmente, si elle rŽduit ses stocks de matire premire, elle fait du tort ˆ son fournisseur, si elle cherche ˆ lĠŽtranger un fabricant de tubes plus compŽtitif, elle contribue ˆ dŽgrader la balance commercialeÉ

On ne peut donc pas sŽparer Žconomie financire et Žconomie rŽelle. 

Exactement. Il nĠy a pas, dĠun cotŽ, une Žconomie financire, virtuelle, terrain de jeu des spŽculateurs, et de lĠautre, une Žconomie rŽelle de producteurs et de consommateurs. Les deux vont ensemble.

Mais pourquoi les banques franaises resserrent-elles le crŽdit, alors mme que lĠon dit quĠelles sont en bonne santŽ? Que notre modle nous met ˆ lĠabri des difficultŽs que connaissent les anglo-saxons?

Il faut, en ces matires, Žviter dĠinsulter lĠavenir. Nos banques ont, jusquĠˆ prŽsent, ŽchappŽ aux dŽfaillances quĠont connues les AmŽricains, les Belges, les Allemands, les Britanniques, les IslandaisÉ mais cela ne signifie pas quĠelles soient ˆ lĠabri. Je vous racontais la semaine dernire comment Christine Lagarde Žtait intervenue auprs de Hank Paulson pour le convaincre de sauver AIG, lĠassureur, dont la chute aurait posŽ de graves problmes ˆ plusieurs Žtablissements franais. JĠajouterai quĠun responsable de lĠOCDE, Angel Gurria, expliquait tout rŽcemment que lĠEurope Žtait plus menacŽe que les Etats-Unis parce que plus dŽpendante des banques.

Soit, mais comment expliquer que des banques en bonne santŽ resserrent le crŽdit au point de mettre en difficultŽ les entreprises?

On peut apporter ˆ votre question trois rŽponses. La premire est trs technique. Les banques sont soumises ˆ une obligation de conserver des rŽserves, ce quĠon appelle des rŽserves obligatoires, dont le montant est fonction des crŽdits quĠelles accordent. LĠobjectif est de les protŽger contre les dŽfauts de remboursement de leurs clients. Si ce taux de rŽserve obligatoire est de 2%, ce qui est aujourdĠhui le cas, la banque qui vous accorde un crŽdit de 100 000 euros doit conserver, sur un compte de la BCE, 2 000 euros. Si la banque nĠa pas cette somme, elle doit lĠemprunter, ce quĠelle fait en sĠadressant ˆ des collgues, dĠautres banquiers qui ont, eux, des liquiditŽs disponibles.

Comme nĠimporte quel particulier, nĠimporte quelle entreprise?

Exactement. Ces Žchanges se font sur des marchŽs trs spŽcialisŽs, quĠon appelle Libor, EuriborÉ qui dŽfinissent le taux auxquels ces crŽdits interbancaires se font. Or, depuis quelques mois, ces taux ont fortement augmentŽ, ce qui rŽduit, naturellement, la capacitŽ des banquiers ˆ prter de lĠargent. Et comme ils en ont moins ˆ prter, ils vont, dĠun cotŽ, tre plus exigeant sur les garanties de lĠemprunteur, et ils vont, de lĠautre, augmenter les taux auxquels ils consentent des crŽdits.

Mais pourquoi ces taux du crŽdit interbancaire ont-ils augmentŽ?

Tout btement parce que les banquiers ont perdu confiance dans leurs collgues.  

Je comprends quĠun banquier ne fasse pas confiance ˆ un client qui lui apporte des garanties insuffisantes, mais entre banquiers? Il ne se font donc pas confiance?

Mais non, et pour de bons motifs : les banquiers ne sont pas trs bien informŽs sur  la soliditŽ de leurs collgues. Ils ne connaissaient pas leur exposition aux subprimes et, aujourdĠhui encore,  ils nĠen savent pas beaucoup plus. Samedi nous avons appris quĠAIG, cette compagnie dĠassurances dont nous avons dŽjˆ parlŽ Žtait en bien plus mauvaise situation quĠon le pensait. Dimanche, lĠŽchec du plan de sauvetage de la banque allemande Hypo Real Estate en a apportŽ une nouvelle preuve : aprs un audit, les banques qui sĠŽtaient engagŽes ˆ sauver lĠŽtablissement ont abandonnŽ la partie lorsquĠelles ont dŽcouvert que les besoins en liquiditŽ de la banque Žtaient infiniment supŽrieurs ˆ ce quĠils envisageaient. 

Mais quel rapport entre cette dŽfiance et le Libor dont vous nous parliez? 

Chaque jour les banques adressent aux gestionnaires de ces marchŽs, du Libor, par exemple, le taux auxquelles elles sont disposŽes ˆ prter de lĠargent ˆ une semaine, un moisÉ ces gestionnaires Žcrtent ces dŽclarations, ils Žliminent les plus ŽlevŽes et les plus faibles, et font une moyenne. Et cĠest cette moyenne qui fait le taux Libor. Comme tout repose sur des dŽclarations dĠintention et non pas sur des transactions rŽelles, ce sont des jugements sur lĠŽtat de la situation qui sont confrontŽs. Les taux interbancaires sont calculŽs dĠaprs le risque que les banquiers pensent prendre en se prtant mutuellement de lĠargent. CĠest en ce sens que lĠon peut parler de perte de confiance.

La perte de confiance nĠest pas le seul mŽcanisme qui explique la rarŽfaction du crŽdit. Vous en  indiquiez deux autres, moins techniquesÉ

Oui. Le premier est tout bte : les banquiers ont perdu beaucoup dĠargent avec les subprimes. Il leur faut se refaire et pour cela, ils vont augmenter leurs taux, ce qui va gner tous ceux qui empruntent. Le second relve plut™t de la stratŽgie. Les banques les plus solides vont profiter de la situation pour racheter des concurrents en difficultŽ. Et comme leurs ressources ne sont pas inŽpuisables, elles vont devoir rŽduire les crŽdits quĠelles offrent ˆ leurs clients pour financer ces achats.

CĠest une hypothse?

CĠest plus quĠune hypothse. Aux Etats-Unis, Mac Donalds a cessŽ de prter de lĠargent ˆ ses franchisŽs qui veulent rŽnover leurs restaurants parce que la Bk of America a refusŽ dĠaugmenter ses lignes de crŽdit. Elle nĠa pas refusŽ de le faire parce que MacDo serait en difficultŽ, mais parce quĠelle veut constituer des rŽserves pour financer sa croissance.

Nous ne parlions jusquĠˆ prŽsent que de PME. Mac Do est une grande entreprise. Elles aussi sont en difficultŽ?

Oui, mais pour des motifs un peu diffŽrents. Les grandes entreprises qui veulent se financer ne passent pas seulement par les banques, mais aussi par ce quĠon appelle les billets de trŽsorerie ou le commercial paper. Il sĠagit tout simplement de crŽdit interentreprises : les grandes entreprises, LVMH, France TelecomÉ qui ont de la trŽsorerie prtent ˆ celles qui en manquent. Cela cožte moins cher que de passer par des banques. Or, ce marchŽ sĠest effondrŽ aux Etats-Unis. Le PrŽsident dĠAT&T a dŽclarŽ il y a quelques jours quĠil avait rencontrŽ les plus grandes difficultŽs ˆ trouver sur ce marchŽ des crŽdits ˆ plus dĠun jour. Les gens se font si peu confiance quĠils hŽsitent ˆ prter sur des durŽes plus longues. Ils veulent rapidement rŽcupŽrer leur argent. Cela peut entra”ner des dŽfaillances dĠentreprises dans lĠincapacitŽ de rembourser leurs dettes.

Le marchŽ europŽen se tient mieux, mais il montre depuis quelques jours des signes de faiblesse.

Et quelles pourraient en tre les consŽquences pour les grandes entreprises?

On pourrait voir de grandes entreprises abandonner des projets dĠinvestissements, voire mme se retirer de grandes opŽrations de fusion-acquisition menŽes ces dernires annŽes. Le cas vient de se produire en Russie o lĠon a vu le milliardaire le plus riche revendre en catastrophe une entreprise canadienne achetŽe il y a 14 mois parce quĠil se trouvait dans lĠimpossibilitŽ de rembourser les emprunts quĠil avait souscrits pour lĠacheter.

Autant dire que tout le monde est touchŽ : les grandes comme les petites entreprisesÉ

Oui, et cĠest ce qui permet de porter crŽdit aux prŽvisions de rŽcession ˆ moyen et long terme. LĠactivitŽ Žconomique va tre dans les prochains mois ŽtouffŽe par cette rarŽfaction du crŽdit. Et qui dit asphyxie dit dŽfaillances dĠentreprises, consommateurs qui ont plus de difficultŽs ˆ acheter, dĠo chute des marchŽs de lĠimmobilier, de lĠautomobile et ch™mage accru. 

Si la confiance est au coeur de tout, comment la reconstruire? Les mesures prises par les gouvernements, le plan de sauvetage de Paulson, les milliards affectŽs par le gouvernement franais aux banques pour aider au financement des PME peuvent-ils aider?

Toutes ces mesures ne sont pas de mme nature et nĠauront probablement pas les mmes effets.

Il faut distinguer celles en direction des particuliers que prennent actuellement les gouvernements lorsquĠils annoncent quĠils se portent garants des fonds que nous avons dŽposŽs dans les banques et celles prises pour rŽtablir la confiance dans le secteur bancaire.

Les mesures prises pour garantir lĠŽpargne Žviteront la fuite des dŽp™ts quĠon a commencŽ dĠobserver en Grande-Bretagne. Si lĠEtat garantit que vous ne perdrez rien en cas de dŽfaillance de votre banque, vous ne bougez pas. Et, en ce sens, cela peut tre une mesure prŽventive utile.

Celles prises pour ramener le calme dans le secteur bancaire et Žviter la rarŽfaction du crŽdit aux PME sont moins convaincantes.

Vous pensez au plan PaulsonÉ

Pas seulement. Le plan Paulson consiste ˆ racheter les actifs toxiques que les banques ont accumulŽs. Avec les 22 milliards dont parlait Nicolas Sarkozy il sĠagit dĠaugmenter les capacitŽs de crŽdit des banques aux petites et moyennes entreprises. 

Et cela ne suffira pas?

Probablement pas. Les banquiers, qui sont les premiers concernŽs, distribueront peut-tre plus de crŽdits mais ils resteront toujours aussi mŽfiants vis-ˆ-vis de leurs collgues. Or, cĠest lˆ quĠest le coeur de la crise.

Et comment faire pour ramener la confiance?

CĠest, comme vous lĠimaginez, un sujet de dŽbat entre Žconomistes. Beaucoup pensent quĠil faut que les Etats soient plus interventionnistes et quĠils profitent de ce que des banques ont des problmes pour entrer dans leur capitalÉ

Pour les nationaliser?

Si nŽcessaire. CĠest ce quĠa fait en 1992 la Sude, et cĠest ce que recommandent, entre autres, aux Etats-Unis Brad de Long et Paul Krugman, deux Žconomistes rŽputŽs.

CĠest au fond le retour du programme communÉ

Remarquez que cela pourrait tre amusant de voir Nicolas Sarkozy appliquer lĠun des points les plus critiquŽs de la politique du premier gouvernement de Franois Mitterrand. Mais la situation est toute diffŽrente.

Ces nationalisations ne sont pas appelŽes ˆ durer. Elles peuvent tre partielles et seulement provisoires, mais elles doivent :

-  ramener la confiance dans ces banques, lĠEtat est la meilleure garantie que lĠon puisse imaginer,

-  et permettre ˆ lĠEtat dĠimposer ˆ ces banques le respect dĠun certain nombre de rgles et de renforcer le contr™le sur leur fonctionnement.

CĠest en ce sens que ces nationalisations sont prŽfŽrables aux garanties des gouvernements que les Irlandais, les Allemands et quelques autres ont imaginŽes.

Et comment les Etats pourront-ils contr™ler les banques?

Si lĠEtat est actionnaire, il sera au Conseil dĠadministration de ces banques, il aura un regard sur la manire dont elles sont gŽrŽes, il sera mieux informŽ de leur situation rŽelle et pourra intervenir plus vite pour assainir la situation.

Et vous croyez que cela peut ramener la confiance?

Cela amnera, dĠabord, de lĠargent frais dans les institutions qui en ont besoin et que le secteur privŽ nĠest apparemment pas disposŽ ˆ leur apporter si lĠon en juge par les mŽsaventures de la banque allemande Hypo Real Estate, cela les mettra ˆ lĠabri des turbulences, lĠEtat avec toute sa puissance Žtant derrire. Cela renforcera, ensuite, les contr™les sur leur fonctionnement. On nous parle beaucoup de rŽglementations, de rŽgulation, mais il faudra du temps pour quĠelles se mettent en place. La prŽsence de lĠEtat dans les conseils dĠadministration permettra de les appliquer avant mme quĠelles soient obligatoires.

Prenez la question des bonus, des parachutes dorŽs, de toutes ces mesures qui choquent lĠopinion. Le gouvernement demande au MEDEF dĠagir mais est-ce son r™le? Et comment peut-il faire puisquĠil sĠagit de contrats privŽs? Faire des dŽclarations de bonne intention?

Et le gouvernement peut agir?

SĠil reste en dehors, pas vraiment, sauf ˆ augmenter les imp™ts sur les gros revenus, mais avec le bouclier fiscal il sĠest liŽ les mains. SĠil est au conseil dĠadministration, tout est plus simple, il lui suffit dĠimposer de nouvelles rgles de rŽmunŽration qui interdisent ces bonus et ces parachutes dorŽs extravagants.

Les banquiers ont perdu confiance dans le systme financier, modifier le mode de gouvernance des banques est une bonne manire de faire. Les prises de participation des Etats dans les Žtablissements en difficultŽ, comme cela sĠest fait aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Islande sont un pas dans la bonne direction.

 

Note de lecture

Comme chaque semaine, vous voulez nous faire part de vos lecture de la semaineÉ

Je vous cette semaine vous parler de deux textes trs diffŽrents. Le premier est une notre trs courte Žcrite par deux ingŽnieurs des mines en fin dĠŽtudes qui ont lĠexcellente idŽe dĠaller voir dĠun peu plus prs le modle suŽdois, ce modle dont on nous parle constamment avec enthousiasme[1]. Et ils en sont revenus avec un regard critique qui tranche sur ce quĠon lit en gŽnŽral sur le sujet.

Ils avancent deux idŽes qui invitent ˆ regarde ce modle avec plus de prudence :

-  dĠune part, nous disent-ils, ce modle est difficilement copiable tant il est tributaire dĠun environnement social et culturel particulier. Ils citent de manire assez amusante, des textes des annŽes 30 qui montrent que lĠidŽe dĠun paradis suŽdois nĠest pas nouvelle. Cela fait des annŽes que nos administrations sĠinspirent du modle suŽdois et sans succs. ÒVouloir importer des processus en dehors du cadre culturel qui leur permet de fonctionner peut sĠavŽrer au mieux inefficace, au pire dangereux.Ó

-   dĠautre part, ce modle sera lui-mme confrontŽ dans les annŽes qui viennent ˆ de nombreuses difficultŽs. Non seulement, il souffre de la montŽe de lĠindividualisme, les inŽgalitŽs de salaires progressent, mais il parait difficile, nous disent-ils, dĠaugmenter encore les imp™ts pour financer de nouvelles prestations sociales dans un pays dont la population vieillit.

Exit, donc, le modle suŽdois?

Pas tout ˆ fait. CĠest, nous disent-ils, un rve, un rve utile qui nous rappelle que lĠon peut faire mieuxÉ

Vous voulez nous parler dĠune autre de vos lectures?

Il sĠagit dĠun livre tout diffŽrent qui nous ramne en France et plus prŽcisŽment dans nos banlieues. Son auteur, Mohamed Madoui, est sociologue et il sĠest intŽressŽ aux entrepreneurs issus de lĠimmigration. CĠest, dĠailleurs le titre de son livre[2].

Il y en a beaucoup?

Oui, mais son souci est moins de quantifier le phŽnomne que de le comprendre, ce quĠil tente de faire ˆ partir dĠune enqute, dĠinterviews auprs dĠentrepreneurs dĠorigine maghrŽbine quĠil a rŽalisŽes. Et son travail est intŽressant mme si le livre nĠest pas sans dŽfauts. On aurait aimŽ quĠun Žditeur intervienne pour corriger un certain nombre de faiblesses. Je pense, notamment, ˆ un copier-coller malheureux qui fait que lĠon retrouve deux fois dans le livre le mme passage. Mais cĠest un problme que vous connaissez, je crois, bien : les Žditeurs ne font pas toujours correctement leur travail.

Ceci dit, cĠest un livre intŽressantÉ

Oui, par ce quĠil nous apprend des stratŽgies de ces entrepreneurs. Beaucoup nĠavaient pas ˆ lĠorigine lĠambition de crŽer une entreprise, ils y sont venus par dŽfaut, parce quĠils ne trouvaient pas de travail du fait des discriminations. La crŽation dĠentreprises, en gŽnŽral de trs petites entreprises est, pour eux, une manire dĠŽchapper aux discriminations et dĠobtenir une reconnaissance sociale qui leur Žchappe. CĠest Žgalement une manire de ressouder les liens familiaux qui auraient autrement plut™t tendance ˆ se dŽfaire puisquĠils donnent du travail ˆ leurs proches.

Ce livre est, par ailleurs, plein de notations intŽressantes qui mŽriteraient dĠtre approfondies. Mohamed Madoui suggre notamment que les immigrŽs de premire gŽnŽration, les Žtudiants venus poursuivre leurs Žtudes en France et qui ont choisi dĠy rester, ont des comportements diffŽrents, souvent plus entrepreneriaux que les enfants dĠimmigrŽs. Ils sont soumis aux mmes discriminations, mais lĠambition qui les avait fait dĠabord venir en France les inciterait ˆ sĠengager plus vite dans la crŽation dĠentreprises.

Un livre ˆ lire?

Oui, et une recherche en cours ˆ suivre de prsÉ

 

Retour ˆ la page principale



[1] Benjamin Huteau, Jean-Yves Laffaurie, Le malentendu suŽdois, La gazette de la sociŽtŽ et des techniques, septembre 2008

[2] Mohamed Madoui, Entrepreneurs issus de lĠimmigration, Aux lieux dĠtre, 2008