Peut-on lutter contre la récession qui s'annonce ?

 

L'actualité économique, c'est le budget en discussion à l'Assemblée Nationale. Qu'en pensez-vous?

Les députés doivent effectivement discuter aujourd'hui de la partie recette de ce budget dont la partie dépenses a beaucoup fait couler d'encre la semaine dernière. Le gouvernement a, en effet, programmé plusieurs mesures destinées à freiner le recul de la croissance que tout le monde craint. Il a, notamment, annoncé :

Est-ce que cela suffira?

Tout dépend de la capacité de l'Europe à résister à la récession qui s'est installée aux Etats-Unis. Vous savez que les entreprises y annoncent chaque jours des licenciements massifs. Le chômage a commencé de redémarrer et certains organismes de prévision sont très pessimistes. Ils le sont d'autant plus que la situation était déjà très dégradée avant les attentats. On parle de taux de chômage de 7, 8, voire 9%.

Comme chaque fois que l'on est devant une récession profonde, on assiste à un retournement de la consommation. Les américains ont modifié leurs comportements de consommateurs. Et du coup, les mesures de relance traditionnelles, la baisse des taux d'intérêt et des impôts qu'ont tout de suite annoncé les autorités américaines sont inefficaces :

La récession américaine aura naturellement des conséquences en Europe. D'abord en Allemagne, pays dont l'économie est très liée à celle des Etats-Unis, puis dans le reste de l'Europe et, notamment, en France. Mais ce ralentissement était déjà sensible avant les attentats. Tout dépend de la capacité de résistance de l'Europe qui n'est pas dans la même situation que les Etats-Unis.

Plusieurs facteurs font penser que si récession il y a, elle sera moins brutale et moins profonde de ce coté-ci de l'Atlantique.

Pourquoi?

Pour plusieurs motifs :

Tous ces facteurs peuvent nous protéger de la récession, ou tout au moins l'alléger, mais rien n'est garanti.

Que faire alors?

Deux pistes pourraient être utilement explorées :

Ce n'est pas le programme sur lequel G.Bush s'est fait élire…

Non. C'est même tout le contraire. Et c'est ce qui fait penser que les américains ne sont pas sortis d'affaire et donc, par voie de conséquence, nous-même.

Que l'Etat puisse faire beaucoup de choses aux Etats-Unis, chacun le sait bien. Mais en Europe, c'est différent. Nos routes, nos écoles, nos hôpitaux fonctionnent de manière à peu près satisfaisante…

Vous avez probablement raison. Parce qu'il fait déjà beaucoup de choses, l'Etat a probablement moins de marges de manœuvre de ce coté-ci de l'Atlantique. C'est pourquoi il faut, je crois, s'intéresser à la lutte contre les inégalités :

Mais en quoi la lutte contre les inégalités peut-elle aider à lutter contre la récession?

Vous savez qu'il y a une abondante littérature chez économistes sur les relations entre inégalité et croissance. La thèse dominante, celle de Kuznets, explique que la croissance peut entraîner des inégalités dans un premier qui seront ensuite corrigées et réduites, mais il s'agit d'un débat sur le moyen ou le long terme. Sur le court terme qui nous intéresse ici, la lutte contre les inégalités peut avoir plusieurs effets positifs :

Mais vous ne parlez pas des inégalités au sein de nos sociétés…

J'y viens. La lutte contre les inégalités dans nos sociétés permettrait :

La solution, ce serait donc une augmentation du SMIC?

Pas forcément : l'augmentation du coût du travail n'est pas une bonne idée, par contre une réduction des charges sociales payées par les salariés pourrait augmenter les revenus des moins favorisés sans pour autant augmenter les coûts pour les entreprises.

Revenons donc au projet de budget du gouvernement. Il vous paraît aller dans cette direction?

Certaines des mesures annoncées vont dans cette direction. D'autres, non. La réduction des impôts ne va pas réduire les inégalités et n'aura probablement qu'un très faible impact sur la consommation.

Peut donc mieux faire?

C'est cela.


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