Internet la nouvelle économie

On parle beaucoup de la nouvelle économie, que faut-il en penser ?

Il y a eu il y a quelques jours la fête d’Internet, on a beaucoup parlé de la nouvelle économie.

On lui prête beaucoup : elle serait à l’origine de la forte et longue période de croissance américaine, elle serait à l’origine du retour de la croissance en Europe et, notamment, en France. Tout cela est excessif.

Un peu de bon sens ramène les choses à leur juste mesure

Cette économie reste encore, malgré tous les discours marginale. L’essentiel des ventes de livres ou de disques se fait encore par les canaux traditionnels. Et lorsque vous voulez acheter une jupe ou une bouteille de vin, vous ne passez pas par Internet. Pas encore.

On nous dit qu’aux Etats-Unis on utilise Internet pour acheter des voitures. Oui, comme on utilise l’annuaire du téléphone pour trouver un concessionnaire, L’argus de l’automobile pour trouver le prix d’une voiture d’occasion ou un journal automobile pour se renseigner sur les nouveaux modèles.

Reste à expliquer cette croissance

On peut évoquer d’autres mécanismes, comme le changement de politique des autorités monétaires qui ont mis fin au système de stop and go qui créait régulièrement des mini-récessions. Quand l’activité redémarrait un peu trop vite on augmentait les taux d’intérêt, d’où contraction des investissements et des achats, d’où chômage. Lorsque l’inflation se faisait moins menaçante, on relâchait la pression sur les taux, les achats reprenaient…

Pourquoi lui prête-t-on tant ?

Des perspectives impressionnantes pour plein de monde

Pour les spécialistes de l’informatique et des nouvelles technologies

Pour les spécialistes de la distribution grand public et des services,

Pour les spécialistes des marchés professionnels, de l’entreprise (b2b)

Enfin, et surtout, pour tous ceux qui ont de l’argent à placer et qui pensent avoir une chance de faire fortune.

Le succès de la nouvelle économie vient de ce qu’elle fait réver tout le monde

Les agents économiques ont besoin de rêver. La nouvelle économie, c’est, d’abord, une machine à fabriquer de l’optimisme, de la confiance. Et l’économie a besoin de confiance. C’est la confiance dans le futur qui fait la croissance.

On y voit l’équivalent de l’automobile qui a tiré pendant tout le siècle les économies des pays industrialisés

On a l’impression qu’il suffit d’avoir une idée pour pouvoir se lancer à l’aventure, que l’on peut mettre par dessus bord toutes les contraintes économiques classiques : on n’a pas besoin d’être diplômé, pas besoin d’avoir des capitaux, il suffit d’avoir d’une idée et pas forcément géniale : prenez les acteurs que l’on connaît le mieux, comme par exemple Amazon, il s’est contenté d’imaginer une librairie virtuelle.

Du coup : tout le monde se précipite

Il y a aujourd’hui 300 sites dédiés au marché du travail en France.

Est-ce que cela marche ?

C’est la difficulté. Pour l’instant, on ne gagne pas d’argent avec

On peut en récupérer à la bourse, pour créer une société, mais on a beaucoup de mal à rentabiliser les services.

Il y a une vraie difficulté : la vente.

Minitel avait réussi à résoudre ce problème avec le kiosque, le système des facturations assurées par France Telecom. Internet n’a pas encore su résoudre ce problème de manière complètement satisfaisante.

La limite est la confiance

On a les cartes bancaires, mais on a vu récemment, avec les mésaventures des cartes à puces qu’on ne pouvait pas échapper à la fraude. Alors même que nous avons l’un des systèmes les plus fiables dans le monde.

Le manque de confiance est une vraie difficulté, ce peut être un vrai frein au développement de ce que l’on appelle le e-business.

L’étude Stanford

Il y a une quinzaine de jours, l’université de Stanford a publié une étude très solide sur les marchés d’Internet. L’une de ses conclusions est que l’e-business a du mal à démarrer. Ce que ses auteurs expliquent par ce manque de confiance. Ils expliquent :

Lorsque nos parents allaient dans une boutique, ils faisaient confiance au commerçant parce qu’ils savaient qu’ils le retrouveraient le dimanche à la messe, et qu’il y avait peu de chance qu’il triche.

Nous n’allons plus à la messe et nous connaissons donc moins bien les commerçants chez lesquels nous faisons nos courses, mais nous les voyons régulièrement, ce qui évite qu’ils ne trichent.

Avec Internet tout cela disparaît : on ne sait plus où se trouve notre vendeur et il échappe donc à tout contrôle. Le voudrait-on même qu’on ne pourrait que difficilement le poursuivre en justice s’il travaille dans un pays qui a un autre système que le notre.

Un problème moins important pour les relations b2b (business to business) qui peuvent construire des relations financières plus sophistiquées.

Il faut donc faire preuve d’un peu de prudence, mais juste un peu, parce que cette nouvelle économie va changer profondément nos vies

Que peut-on attendre ?

Il est toujours un peu difficile d’anticiper et on risque le ridicule si on se trompe. Mais on peut penser que la révolution qui se prépare est un peu comparable à celle des Boucicot au siècle dernier qui ont inventé le grand magasin. C’est un peu la même chose. Et on imagine bien un nouveau Zola écrivant un remake contemporain du Bonheur des dames.

Les changements qu’on peut en attendre

La globalisation des marchés

De nouveaux concurrents : le libraire parisien doit faire face à la concurrence de libraires étrangers

De nouveaux marchés : Adesoft qui vend son logiciel à l’armée de Singapour

Des règles qui tombent : les belges et le prix unique du livre

La baisse des coûts de commercialisation

De nouveaux acteurs : toutes ces entreprises qui ont un produit mais qui ne le commercialisent pas parce que cela coûte trop cher. On voit déjà cela dans le monde de l’informatique. Des gens qui ont développé des logiciels professionnels pour leur propre usage qui le proposent sur le web et qui le vendent.

Un retour de l’intégration verticale

La possibilité pour les producteurs d’intégrer la vente de leurs produits sans passer par les distributeurs. Ce qui pourrait être une vraie tuile pour la distribution. Imaginez que les éditeurs de disques décident de créer leur propre site : on n’aurait plus besoin d’aller à la FNAC ou chez Virgin. Pourquoi se déplacer quand on peut acheter des produits culturels par internet ? On n’est pas dans la science-fiction : Virgin a déjà menacé de se retirer de la vente de disque.

Une chance pour la poste

Qui transporte les colis

De nouveaux marchés à la périphérie des villes

On dit beaucoup que cela faciliter l’installation de la ville à la campagne, comme dans le programme électoral d’Alphonse Allais. Je dirai que c’est d’abord l’occasion de toucher toute une clientèle qui est aujourd’hui mal servie par la distribution. Essayez donc d’acheter un disque ou un livre à Montreuil-Bellay, à Thouars, à Crépy en Valois ou au Lavandou. Il faut prendre sa voiture et faire des dizaines de kilomètres pour trouver des commerces qui ont en rayon ce que vous cherchez.

Une baisse également des coûts des services

On le voit déjà avec le recrutement. Faire un CV, l’envoyer à des entreprises est compliqué. En général, on ne le fait pas, on recule devant l’effort. Avec Internet, c’est beaucoup plus simple. Vous envoyez un CV a un site spécialisé et il va se charger de l’adresser automatiquement aux gens qui ont un profil comme le votre.

Le résultat est une beaucoup plus grande fluidité du marché du travail, c’est-à-dire un plus grand turn-over pour les entreprises. Ce qui n’est pas forcément ce qu’elles souhaitent surtout dans ces périodes de pénurie sur le marché du travail.

Je vous ai donné l’exemple du recrutement, mais on peut imaginer la même chose pour des tas d’autres produits. Pour l’automobile, par exemple si l’on sait quand vous avez acheté une voiture, on peut plus facilement vous relancer pour en acheter une nouvelle, pour faire des révisions, pour la remplacer…

Quelques effets pervers

Une critique récurrente aux Etats-Unis : la nouvelle économie augmenterait les inégalités

Entre ceux qui ont accès à Internet et ceux qui n’y ont pas accès. Jacques Chirac y a je crois fait allusion dans un discours il y a quelques jours. C’est une crainte qui ne devrait pas durer : les téléviseurs et le téléphone mobile ne sont pas réservés aux plus riches, ce sera un peu la même chose.

Entre ceux qui ont les moyens culturels d’accéder à Internet (qui maîtrisent l’écriture et la lecture) et ceux qui ne les ont pas.

On craignait une différence entre les hommes et les femmes : ce n’est, semble-t-il, pas le cas.

On craignait également une différence entre les jeunes et les vieux : ce n’est pas non plus le cas. Le jeunisme n’est pas le premier défaut de ces nouvelles techniques.

Les effets pervers sur la bourse

On peut s’amuser à construire des scénarios catastrophes. On attend des gains considérables des investissements dans la nouvelle économie, on vend donc des actions dans des activités traditionnelles au profit d’actions dans le net. Du coup, le cours des activités anciennes diminuent, la valeur des entreprises (leur capital, machines, bâtiments…) est supérieur à leur valeur boursière. Les actionnaires auraient intérêt à vendre l’entreprise appartement par appartement. D’où du chômage.

Ce scénario n’est pas complètement absurde. Plusieurs compagnies aériennes ont aujourd’hui une valeur boursières très largement inférieure à la valeur de leurs actifs, immeubles, avions… C’est le cas de Continental Airlines. Si leurs dirigeants voulaient enrichir leurs actionnaires, il leur suffirait de vendre leurs actifs.

Les effets pervers sur les investissements

Dans un registre voisin, on pourrait craindre que tout l’argent que l’on consacre aux investissements dans des créations d’entreprise se tourne vers les nouvelles technologies et ne finance plus les secteurs plus classiques.

Autre effet pervers : détournement des fonds publics et des subventions

On peut encore imaginer que des entreprises négligent les investissements dans ce qui est leur métier pour s’orienter vers ces nouvelles entreprises. C’est ce qu’on semble-t-il fait les institutions chargées du développement rural aux Etats-Unis : elles ont investi 11 milliards de dollars dans la nouvelle économie et 61 millions de dollars seulement dans le développement rural. Les adversaires de ces institutions ont saisi l’occasion pour refuser une augmentation de leurs subvention.

Une heureuse correction des cours

C’est pour cela qu’il faut accueillir avec calme les annonces de baisse des cours des actions sur les entreprises du net.

Pour conclure

C’est un peu comme l’automobile ou le téléphone au début du siècle dernier : il faut y aller, il faut faire l’effort de découvrir. Parce que c’est de cela que demain sera fait.


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