Oui. Vous le savez sans doute, les ventes de disques ont fortement chut. Sur les 9 premiers mois de lĠanne, il y a eu en France une diminution de 9% du nombre dĠunits vendues, ce qui sĠest traduit par une diminution de plus de 13% du chiffre dĠaffaires de lĠindustrie.
Non. Les plus touches sont les ventes de singles qui ont diminu, en volume, de plus de 20%, alors que celles dĠalbums ont diminu dĠun peu plus de 8%. Quand on regarde les genres, on voit que ce sont les varits internationales qui ont t le plus touches, alors que les varits nationales, la musique classique et le jazz ont mieux rsist, ce qui suggre que ce sont les comportements des jeunes qui ont chang.
Oui, puisque lĠanne dernire encore, le march avait, en France, une croissance de lĠordre de 10%. Je dis en France parce quĠon observait dj un recul des ventes lĠtranger.
CĠest ce que pensent les professionnels qui sĠinquitent beaucoup des progrs du tlchargement de musique sur les sites quĠon appelle P2P, peer to peer.
CĠest assez simple. Vous achetez ou vous trouvez gratuitement un logiciel qui vous donne accs des bibliothques virtuelles de musiques, de vidos, ventuellement de films que vous pouvez tlcharger en quelques dizaines de secondes ou quelques minutes sur votre ordinateur. Il y en a plusieurs : Kazaa, Blubster, Gnutella, Morpheus, GroksterÉ qui mettent en contact des internautes amateurs de musiques, de filmsÉUne fois tlcharge la musique, vous pouvez en faire ce que vous souhaitez : lĠcouter sur votre ordinateur, la graver sur un CD, la stocker dans un lecteur de poche comme lĠipod dont Apple a fait un peu partout la publicit cet automne.
Vous ne payez, et encore pas toujours, que le logiciel qui donne accs ces bases de donnes qui recueillent des fichiers que les internautes envoient. On est dans une logique du partage que les informaticiens connaissent bien puisquĠelle est rgulirement utilise comme outil de marketing pour lancer un nouveau produit. CĠest ce quĠon appelle le shareware ou le freeware, par allusion au software ou au hardware.
Tant que cette technique nĠtait utilise que par les informaticiens pour changer des programmes, elle ne posait pas de problme puisque les auteurs choisissaient dĠeux-mmes de mettre la disposition de tous leurs programmes dans lĠespoir de devenir incontournables et de pouvoir, derrire, vendre dĠautres produits. Mais la question se pose tout autrement pour la musique et le cinma puisque tout cela se fait sans lĠaccord des auteurs, des producteursÉ
CĠest, bien sr, ce que disent les industriels du disque qui se battent pour rsister un mouvement qui menace chaque jour un peu plus leur march. Les chiffres sont impressionnants. Dans la seconde semaine de dcembre, on a compt 2, 4 millions de tlchargements de ces logiciels dĠaccs ces services qui seraient dj utiliss par plus de 60 millions aux Etats-Unis.
Cela ressemble vraiment un raz-de-mare mondial. Les sommes perdues par lĠindustrie du disque seraient dores et dj considrables. On parle de plus de 4 milliards dĠEuros de recettes vapores.
Oui, mais les choses ne sont pas, sur le plan juridique, si simples. Dans un premier temps, les compagnies de disques ont gagn les procs quĠelles intentaient aux oprateurs de ces systmes. Le premier rseau de ce type, Napster, en a dĠailleurs t victime. Mais le vent a, semble-t-il, tourn. Les oprateurs ont modifi leurs technologies et les tribunaux ont volu. En avril dernier, une cour de Los Angeles a jug que les sites de partage nĠenfreignaient pas la loi sur les droits dĠauteur. Tout rcemment, un tribunal hollandais a jug que la distribution de Kazaa nĠtait pas une activit illgale. Un jugement rendu au Canada va dans le mme sens puisquĠil autorise le tlchargement de musique, mais interdit le chargement : on a le droit de recevoir de la musique, mais pas dĠen envoyer.
On est en pleine bataille juridique, mais les compagnies de disques sont aujourdĠhui sur la dfensive sur au moins trois points :
- Elles parlent de piratage, mais il ne sĠagit pas que de cela. LĠchange de musiques enregistres est une activit lgitime. Lorsque vous achetez un disque, vous avez le droit de le prter un ami. Vous le faites, dĠailleurs, rgulirement. Les changes sur le net relvent de la mme logique et il nĠy a donc pas de motif de les interdire ;
- Le piratage existe et personne ne le nie. Il serait dĠailleurs difficile de faire autrement : les ventes de CD vierges sont aujourdĠhui plus importantes aux Etats-Unis que les ventes de CD classiques, mais les tribunaux semblent de plus en souvent convaincus que les oprateurs des services internet nĠont pas de moyens de distinguer les pirates de ceux qui ne le sont pas ;
- Enfin, les tactiques utilises pour lutter contre le piratage sont contestables. Les compagnies de disques ont poursuivi des utilisateurs en justice, ont dvelopp des outils pour ralentir le tlchargement de fichiers audio, ont imagin des piges pour les utilisateurs, et sur tous ces points ils sont aujourdĠhui critiqus par les tribunaux. Il faut dire que lĠindustrie a t particulirement maladroite puisquĠelle a poursuivi une petite fille de 12 ans qui avait tlcharg des chansons sur son ordinateurs. Pour interrompre les poursuites, sa mre a d payer 2000 $, soit infiniment plus que la valeur des chansons tlcharges. On nĠest pas trs loin de lĠextorsion de fonds !
Cela y a sans doute contribu, mais lĠessentiel est ailleurs. Au tout dbut, les industriels du disque nĠavaient en face dĠeux que de petites socits informatiques. Ils se heurtent aujourdĠhui lĠopposition dĠindustries beaucoup plus puissantes, les tlcommunications et lĠlectronique qui ont intrt au dveloppement de ces technologies mais aussi lĠopposition dĠartistes des artistes qui voient dans ces technologies la possibilit de mieux faire connatre et vendre leurs Ïuvres.
Sans doute, mais il faut, dĠabord, savoir que la plupart des artistes ne reoivent que trs peu de royalties. Sur les 32 000 disques qui sortent chaque anne aux Etats-Unis, 250 seulement sont vendus plus de 10 0000 exemplaires. Cette question des droits et des royalties ne concerne donc vraiment quĠune minorit dĠartistes qui ne sont dĠailleurs pas tous dĠaccord avec les compagnies. Dans un article publi il y a quelques mois, Courtney Love mettait trs violemment en cause les majors. Je la cite : Ç ce nĠest pas du piratage lorsque des gamins changent de la musique sur internet en utilisant Napster ou Gnutella, ou lorsquĠils enregistrent des CD. Le piratage est du cot de ces gars qui dirigent ces compagnies qui nous font signer des contrats lonins. È Dans ce mme article, elle montrait comment, mme sur un disque vendu 2 millions dĠexemplaires, les membres dĠun groupe de rock ne touchait pas plus de 45 000Û. Et elle nĠest pas la seule contester les mthodes des majors. Un groupe amricain, TLC, clbre dans les annes 90, a rvl nĠavoir touch que 2% des 170 millions de dollars quĠavaient gnrs la vente de leurs disques, soit infiniment moins que le profit que leur diteur a fait sur leur disque. Et, si jĠai bien compris, la situation devrait empirer avec le dveloppement des ventes de disques sur internet, au travers de disquaires comme Amazon. Il semble en effet que les contrats des artistes prvoient, en effet, une diminution de 50% de leurs royalties en cas de vente sur ces supports. Mais ce serait vrifier.
Derrire tous les discours sur les droits dĠauteur, il y a des enjeux conomiques majeurs. LĠindustrie du disque se bat pour conserver des avantages acquis que les nouvelles technologies menacent.
Il y a au fond quatre grandes pistes :
- la premire est la guerre : les compagnies de disques continuent dans la direction engage depuis quelques annes, elles poursuivent en justice les utilisateurs, obtiennent des tribunaux des condamnations lourdes, brouillent les systmes internet des internautes qui tlchargent de la musiqueÉ
- la seconde est lĠimpt. De nombreux acteurs proposent que lĠon introduise une taxe sur les produits lectroniques susceptibles de recevoir de la musique pirate, sur les disques durs des ordinateurs, sur les baladeurs type ipod, sur les CD vierges. Certaines propositions conduiraient une augmentation de prs de 30% des ipod dĠApple ;
- la troisime est une bataille plus classique sur les prix. Certaines compagnies ont commenc de baisser de manire significative leurs prix pour regagner des clients.
Ce nĠest pas impossible. Nous avons jusquĠ prsent beaucoup parl de la concurrence dĠinternet, du piratage mais est-ce vraiment la seule explication de la chute des ventes de disques ? ce nĠest pas certain. Un musicien amricain qui sĠappelle George Ziemann a publi une analyse trs fine des statistiques qui montre quĠon peut expliquer ce recul des ventes par dĠautres facteurs :
- la diminution du nombre dĠÏuvres produites, qui seraient passes de 39 000/an il y a trois ou quatre ans, moins de 30 000 aujourdĠhui. Qui dit moins de disques produits dit moins de de ventes ;
- lĠaugmentation des prix des CD qui auraient progress de plus de 7% en deux ans de 1999 2001 aux Etats-Unis ;
- la concurrence des DVD qui cotent peu prs le mme prix que les disques. Pourquoi acheter 18Û un CD de musique de film quand on peut avoir pour peu prs le mme prix le DVD avec la musique et les images ?
- la concurrence des jeux vido et dĠinternet qui se sont gnraliss et qui occupent des jeunes gens qui coutaient hier de la musique.
Ces arguments mritent, je crois, dĠtre pris au srieux, ce qui ne veut pas dire que la musique en ligne nĠest pas une vritable menace pour lĠindustrie.
On peut effectivement chercher sĠadapter ces technologies et de trouver des solutions qui permettent tout la fois de profiter de ses avantages, notamment de la baisse des cots de distribution, sans pnaliser les artistes.
CĠest ce quĠa fait Apple en lanant son service de vente de musique par internet. Vous vous connectez son serveur et vous achetez des chansons lĠunit, un prix trs avantageux. Une chanson est vendue un peu moins dĠ1$ alors quĠun single est vendu 4 ou 5$. Le rapport est de 1 4.
Oui. Plus de 25 millions de chansons ont t tlcharges sur itune qui propose 400 000 rfrences, ce qui en fait probablement le plus gros disquaire du monde. Pour lĠinstant, ce service nĠest pas disponible en France mais on peut le visiter et voir comment il fonctionne.
Mais il y a dĠautres solutions, comme celle imagine par Magnatune, une entreprise de Berkeley qui a choisi dĠappliquer la musique le modle conomique du shareware des informaticiens. Vous allez sur leur site, vous pouvez couter gratuitement les musiques quĠelle dite, un peu comme on peut couter des disques la radio ou des nouveauts chez les disquaires. Et si cela vous plait, vous pouvez acheter le disque, dans une version de meilleure qualit technique, pour 5$ ou, si vous prfrez, 5Û, soit peu prs le quart du prix du mme disque dans le commerce, dont 50% sont immdiatement reverss lĠartiste. Un artiste touche donc peu prs ce quĠil reoit dans le circuit traditionnel, cette diffrence prs que Magnatune ne fait aucune avance sur recette, ce qui peut tre un problme pour des artistes qui ont des frais importants, mais ce nĠest apparemment pas un obstacle puisquĠil reoit 200 propositions toutes les semaines, dont il retient une quinzaine pour son catalogue. CĠest certainement un modle conomique intressant.
CĠest vrifier, mais ce nĠest pas impossible pour peu que ses crateurs trouvent le moyen dĠinciter les acheteurs payer, mais les diteurs de logiciels qui utilisent ces techniques lĠont fait. On pourrait voir des artistes, des groupes utiliser des techniques comparables pour se faire connatre. Certains le font dj comme Brad Sucks, un chanteur canadien, mais il y en a probablement dĠautres. On pourrait galement imaginer que des disquaires lectroniques se lancent sur ce march. Nous ne sommes quĠau dbut dĠune rvolution de la distribution de la musiqueÉ
Je voudrais pour terminer vous donner lĠadresse dĠun site qui mĠa enchant : il sĠappelle songfight.org. CĠest une sorte de star academy mondiale ouverte tous : vous envoyez des chansons qui sont diffuses sur le net et lĠauditeur peut voter pour celle quĠil prfre.