Les mesures économiques du gouvernement Raffarin : peut beaucoup mieux faire!
(10/09/02)
Le gouvernement vient d'annoncer plusieurs mesures économiques importantes sur l'emploi dans la fonction publique et sur les 35 heures
Vous devriez ajouter les mouvements annoncés à la tête des entreprises publiques Le gouvernement a effectivement fait des annonces importantes cette semaine.
Et qu'en pensez-vous?
Je suis, comme beaucoup de gens, surpris, inquiet et plutôt sceptique.
Cela fait beaucoup. Mais pourquoi surpris?
Surpris est un euphémisme. En fait, comme beaucoup de gens, j'ai eu surtout eu envie de rire lorsque j'ai lu dans le monde que le gouvernement voulait supprimer 1619 postes de fonctionnaires.
Et qu'est-ce qui vous a fait rire?
Mais au moins trois choses :
Mais sur le fond, depuis le temps qu'on parle de réduire les effectifs de fonctionnaires voilà enfin un gouvernement qui fait quelque chose. C'est un début.
Ce n'est même pas sûr. Qu'a dit le gouvernement lorsque sont arrivées les premières protestations sur les suppressions de postes de surveillants? "Ne vous inquiétez pas, les régions et les départements vont compenser en recrutant des surveillants là où ils sont nécessaires." Autrement dit : on ne va pas diminuer le nombre de fonctionnaires, on va simplement remplacer des fonctionnaires de l'Etat par des fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale. Ils ne seront plus payés par l'impôt sur le revenu, mais par les impôts locaux.
Mais la décentralisation est plutôt une bonne chose. Plus on est près du terrain plus on a de chance de prendre les bonnes décisions
Mais ce serait à vérifier. La décentralisation est aujourd'hui parée de toutes les vertus, mais pour juger vraiment il faut regarder comment fonctionnent les régions. Sont-elles de meilleures gestionnaires que l'Etat? Sont-elles plus économes des deniers publics? Ce n'est pas certain. Pour ne prendre que cet exemple, l'absentéisme des salariés est de 20% plus élevé dans les collectivités territoriales que dans la fonction publique d'Etat.
Qu'un gouvernement dise qu'il y a trop de fonctionnaires et commence à prendre des décisions pour en réduire le nombre, c'est un progrès
Mais cela fait des années qu'on dit qu'il y a trop de fonctionnaires. Ce qui serait un vrai progrès, c'est qu'un gouvernement dise la vérité : la fonction publique travaille souvent mal. Je vais prendre l'exemple de la police. Nous avons des problèmes de sécurité. On nous dit que c'est parce que l'on manque de policiers et on en recrute de nouveaux. Mais nous avons le taux de policiers par habitant le plus élevé d'Europe. Si problème il y a, il ne vient pas des effectifs.
C'est que les policiers ne sont pas là où ils devraient être
Beaucoup d'experts le disent, mais comment faire? Dès que l'on parle de fermer un commissariat dans une petite ville, c'est la révolution. Tout le monde se ligue pour le protéger : les commerçants, la population, les élus qui ne manquent pas une occasion de dire qu'il y a trop de fonctionnaires lorsqu'ils sont à Paris mais ne veulent surtout pas voir supprimer ceux qui travaillent dans leur commune
Ceci dit, ces batailles ont parfois des effets inattendus. Dans une petite ville que je connais, la population s'est beaucoup battue pour conserver son commissariat. Elle a gagné, mais certains de ses habitants s'en mordent aujourd'hui les doigts. Dans cette ville qui n'a pas de problème de sécurité, les policiers se contentaient de se promener en voiture et de faire la circulation le jour du marché. Et puis, avec le projet de fermeture de leur commissariat, ils ont senti le vent du boulet. Ils se sont dit : il faut vraiment que l'on prouve que l'on sert à quelque chose si on ne veut pas que ce projet revienne dans quelques années. Et que peuvent des policiers dans une ville dans lequel il ne se passe jamais rien? Ils mettent des contraventions! Et à qui? Mais aux gens qui circulent dans la ville, à ceux-là même qui ont défilé pour protester contre la suppression du commissariat
Cette expérience facilitera peut-être le travail de ceux qui voudront demain supprimer ce commissariat
Ce n'est même pas sûr. Ces petites villes ont perdu leur hôpital, leur maternité, leur bureau de France Telecom, supprimer le commissariat de police, cela fait beaucoup. Mais il n'y a pas que la distribution des effectifs. Il y aussi la manière dont les fonctionnaires s'organisent et dont ils travaillent. La semaine dernière, c'était mercredi ou jeudi soir, je me promenais place Saint-Augustin vers 10h30 le soir et j'ai vu 7 policiers devant l'Eglise. Je me suis approché, je leur ai demandé ce qu'ils faisaient et j'ai appris qu'ils étaient là pour ouvrir la porte à une femme qui s'était enfermée dans l'Eglise. 7 policiers à 10 heures du soir pour ouvrir la porte d'une Eglise? C'est beaucoup! Si tous les postes de policier que l'on crée servent à cela, il n'y a pas de motif que l'insécurité recule.
L'autre grande information concerne les 35 heures que le gouvernement va assouplir
C'est là aussi le scepticisme qui l'emporte. Le gouvernement a mécontenté tout le monde :
On parle de plusieurs smic. Pourquoi?
Le smic est un salaire horaire. Pour éviter que ne diminuent les revenus salariés payés au Smic et passés aux 35 heures, les lois Aubry avaient créé une garantie de rémunération mensuelle dont la valeur était assise sur le montant du Smic au moment de la réduction du temps de travail. C'est cela que le gouvernement veut simplifier. A juste titre : c'était trop compliqué.Mais il le fait d'une manière dangereuse pour l'emploi : l'augmentation trop rapide du smic va freiner la création d'emplois, voire même en détruire, tandis que l'augmentation des quotas d'heures supplémentaires va retarder les recrutements dans les secteurs où il y a du travail. On n'a pas besoin de cela alors que les chiffres du chômage se dégradent de nouveau.
Vous n'êtes pas donc pas plus séduit par les mesures prises par le gouvernement Raffarin sur les 35 heures.
Non. Mais je ne suis pas le seul. Il fallait faire évoluer les textes, tout le monde en est d'accord, mais le gouvernement le fait de la pire des manières : sous prétexte de marier la carpe et le lapin, il va casser ce qui était la principale réussite de la réduction du temps de travail, la création d'emploi, et aggraver son principal défaut, la création d'inégalités entre salariés qui travaillent 35 ou 39 heures, qui ont des jours de congé complémentaires ou des durées de travail plus courtes
Et quelles conséquences, est-ce que cela pourrait avoir?
Cela va rendre encore moins séduisants les emplois proposés dans les petites entreprises. On y est moins bien payé, on n'y fait pas carrière et, en plus, on travaille plus longtemps. Lorsque dans quelques années votre fils cherchera une situation, vous lui recommanderez d'entrer dans une grande entreprise ou, mieux encore, de devenir fonctionnaire. Et vous aurez raison.
Les petites entreprises baisseront peut-être spontanément les durées de travail
C'est peu probable. Mais, je voudrais, pour terminer dire un mot sur les changements de présidents des sociétés publiques qui ont aussi beaucoup occupé la presse ces derniers jours. C'est là encore une erreur.
L'actionnaire a pourtant le droit de changer les dirigeants qui ne lui conviennent plus
Bien sûr. Et personne ne le conteste. Il faut se séparer des managers qui ne tiennent pas leurs objectifs et commettent des erreurs Mais on voit bien qu'il ne s'agit pas seulement de cela. Le gouvernement veut mettre à la tête des entreprises publiques des gens qui lui devront leur poste et seront donc plus dociles. Et comme on cherche des motifs pour se séparer de dirigeants qui ont de bons résultats, on se lance dans des manipulations :
Vous croyez que cela se passe ainsi?
C'est ce qui se dit dans les milieux d'affaires. Et ce n'est pas impossible. Le fait même qu'on puisse en parler est très malsain.